Le centre compte actuellement 105 résidents, soit 62 femmes et 43 hommesA quelques dizaines de mètres du siège du gouvernorat de La Manouba se situe le refuge d'une catégorie sociale des plus vulnérables. Des hommes et des femmes âgés de plus de 18 ans y passent leurs jours, leurs nuits et probablement le restant de leur vie. Loin d'être un choix consenti, ces Tunisiens à besoins spécifiques vivent au Centre des handicapés mentaux sans soutien familial. Cet établissement fondé sur le principe de la solidarité sociale, voire humanitaire, a été créé en 1985. Depuis, il passe pourtant inaperçu.Le Centre des handicapés mentaux sans soutien familial de La Manouba prend donc en charge les personnes qui souffrent de maladies mentales (50% des résidents ), de maladies mentales associées à une déficience intellectuelle (30%), d'une déficience intellectuelle (12%) ou encore de poly-handicap (10%). Selon Mme Fatma Ben Arfa, responsable de l'infirmerie et de la pharmacie du centre, 62 des résidents sont des femmes et 43 des hommes. La capacité d'accueil du centre est de 111 lits, répartis sur 11 unités de vie et trois studios : un individuel et deux doubles. «Actuellement, nous comptons 105 résidents. Nous tâchons toujours de garder quelques places disponibles afin de venir en aide aux familles qui continuent, tant bien que mal, à prendre en charge un membre en situation de handicap lourd. Pour épauler ces familles et éviter qu'elles ne lâchent prise, nous assurons l'hébergement provisoire du malade en question», indique M. Walid Cherni, directeur du centre.Pour prendre soin de cette catégorie à besoins spécifiques, une équipe pluridisciplinaire, comptant des ergothérapeutes, des éducateurs, des techniciens de la santé, des auxiliaires de vie, un psychiatre, un psychologue, un médecin généraliste, une kinésithérapeute ainsi que deux infirmiers, s'applique à la tâche. Certains le font depuis bien des années. Mme Sawsen Basti y travaille comme éducatrice et coordinatrice depuis 24 ans. Elle se souvient de l'état du centre le jour où elle y a mis les pieds pour la première fois. C'était en 1992. «En ce temps-là, le centre ne comptait que deux pavillons : un pour les hommes et un autre pour les femmes. Depuis, des travaux de réaménagement ont été menés, lentement mais sûrement. On avait commencé par la construction d'une chambre. Aujourd'hui, le centre comprend 11 unités de vie et trois studios. Cela dit, nous aspirons, inlassablement, à améliorer les conditions de vie pour le bien et des résidents et du personnel», indique-t-elle.Une communauté pas comme les autresIci, tout est familier. Il suffit pour un inconnu de franchir le seuil du centre pour apercevoir le regard écarquillé, voire hébété des résidents. Certains font la moue. D'autres, en revanche, vous interpellent en vous disant «bonjour» et en tendant la main, comme en quête d'un contact tactile, d'une éventuelle amitié, de chaleur humaine... Dans l'une des unités de vie destinées aux femmes, l'on rencontre des femmes jeunes et autres moins jeunes. Pour les unes comme pour les autres, jeunesse et vieillesse se valent.Etre sous l'emprise d'un handicap lourd, mental ou mental et moteur à la fois, se trouvant, de surcroît, privé de sa famille, finit par créer ce sentiment de détresse et d'accablement, même si certains en sont inconscients. Dans la cuisine, une femme au regard hagard prend place à table, dans l'attente de l'heure du déjeuner alors que d'autres sont assises à la salle de séjour.Dans l'une des chambres, l'on se bouscule pour monter de nouveaux rideaux. L'équipe du centre a pris l'habitude de changer le linge de maison, non pas par souci de décoration, mais par nécessité. Certains résidents abîment matelas, rideaux et couvertures... «Nous disposons de trois magasins d'approvisionnement. Le premier est destiné aux produits de nettoyage ainsi qu'aux ustensiles de cuisine. Le deuxième est consacré aux couvertures et au linge de maison. Quant au troisième, il est rattaché à la cuisine et à l'approvisionnement en denrées alimentaires», souligne M. Cherni. Et d'ajouter que l'Utss garantit les besoins du centre à partir des dons, de son fonds propre, mais aussi des saisies de la douane, comme c'est le cas pour une quantité de clémentines fraîchement livrées.Le poulailler de NoureddineCe qui fait chaud au c'ur, c'est que ceux qui présentent une déficience mentale légère parviennent, grâce à une prise en charge intégrale et ciblée, à acquérir une certaine autonomie. C'est le cas de Noureddine Dabbabi, un résident qui occupe l'un des studios précités. Noureddine voulait monter un petit projet qui serait la preuve indéniable de sa capacité à gérer sa vie. «Je voulais instaurer un poulailler au sein du centre. J'ai commencé par deux poules. Aujourd'hui, je dispose de 32 volailles, dont deux dindons. Je ramasse, chaque jour, les 'ufs que nous mangeons tous», indique-t-il, fier.Dans la cuisine, les manches se retroussent pour finaliser le repas de midi. Selon M. Cherni, la cuisine du centre produit, chaque jour, plus de 300 repas, de quoi subvenir aux besoins des résidents, du personnel, mais aussi du personnel de l'administration générale de l'Utss ainsi que du buffet caritatif de celle-ci, organisé quotidiennement à la cité Ettadhamen. «Nous avons remis une demande auprès des parties concernées afin de financer un projet de réaménagement indispensable, lequel projet permettrait l'extension de la cuisine, du magasin alimentaire et de la buanderie. L'étude de faisabilité des travaux prévoit une enveloppe estimative de 350 mille dinars», renchérit le directeur du centre.Les femmes et les malaises psychosomatiquesS'agissant de la prise en charge sanitaire des résidents, elle est assurée par une équipe médicale et paramédicale. Selon Mme Ben Arfa, la plupart des résidents transférés à l'infirmerie sont en proie à des crises de nerfs typiques des malades mentaux. Certains sont traités via des médicaments recommandés par les médecins spécialisés. D'autres sont transférés à l'hôpital Razi pour des cures adaptées à leurs cas. Le cabinet de Mme Besma Arimi, kinésithérapeute, se situe à l'entrée du centre. Un cabinet agréable où elle reçoit, sur prescription médicale, les patients pour des massages ou des exercices de rééducation physique. «Ce sont les femmes qui se plaignent le plus de courbatures, de maux de dos et d'autres malaises physiques. Souvent, le malaise n'est autre que psychosomatique. D'ailleurs, il suffit de passer une séance de massage pour qu'elles se sentent soulagées», fait-elle remarquer.Programme de soutien aux handicapés à domicile : la révision s'imposeOutre la prise en charge et l'hébergement durable des handicapés mentaux sans soutien familial, la direction du centre s'applique à suivre un programme de soutien des handicapés à domicile (Pshd). M. Majdi Karoui, sous-directeur du centre, souligne l'importance dudit programme ; un programme généralisé, garanti par une équipe mobile. Démarré en 1994, il vient en aide matériellement à près de 150 personnes en situation de handicap, dont 61 habitent à Tunis et 41 à La Manouba. «Ce programme comprend deux volets : le premier est purement matériel. Il consiste en l'octroi d'une bourse mensuelle au profit des personnes en situation de handicap. Une bourse, dont la somme dépend de la situation sociale et financière du bénéficiaire et de sa famille. Le montant global destiné aux aides financières excède les 95 mille dinars par an. Le deuxième volet consiste en la promotion de l'intégration sociale et de l'autonomisation des handicapés. Pour ce, nous organisons, poursuit-il, des sessions de formation en leur faveur. Nous en avons même inscrit certains aux cours de lutte contre l'analphabétisme». M. Karoui attire l'attention sur l'impératif de réglementer les bourses mensuelles accordées aux handicapés à domicile et de réviser leurs montants afin de garantir le droit à l'équité à tous.
Posté Le : 05/12/2016
Posté par : infos-tunisie
Source : www.lapresse.tn