Mounir SLIM (Ingénieur consultant)
Productivité et rôles complémentaires : administration - employeurs - employés
Pour n'importe quelle entreprise économique, la rentabilité et la qualité sont les deux piliers pour qu'elle demeure compétitive et pouvoir maintenir ses activités. Particulièrement le manque de productivité et les dysfonctionnements divers font perdre systématiquement et annuellement aux entreprises économiques, surtout les moins averties et les moins organisées, un manque à gagner pouvant atteindre facilement 20 à 30% de leurs chiffres d'affaires, d'où un risque avéré pour leur survie. Les entreprises en tant qu'entité économique doivent ainsi être rentables et doivent réaliser des profits, non pas uniquement et systématiquement comme finalité attendue et essentielle avec celle de la qualité, mais pour qu'elles puissent continuer à investir et, par conséquent, à recruter et à réduire le chômage.
En fait, pour assurer la rentabilité, il faut tout simplement maîtriser la productivité. Le concept de la productivité est ainsi considéré un facteur vital et important pour le bon fonctionnement des entreprises. Cependant, les chefs d'entreprise reprochent aux salariés un manque de productivité pour pouvoir augmenter les salaires, et les salariés de leur côté reprochent aux chefs d'entreprise des salaires très bas pour pouvoir les motiver à améliorer la productivité. De ce fait, et dans l'absence d'une approche scientifique et rationnelle, toutes les parties et tous les concernés se retrouvent frustrés et chaque partie rejette la responsabilité sur l'autre, et c'est malheureusement toute l'économie nationale qui en souffrira.
Employeurs, employés, consultants professionnels (déjà marginalisés par l'absence d'une réglementation et d'un syndicat à la hauteur de ce secteur très important), ainsi que l'administration doivent travailler ensembles et en étroite collaboration pour établir des normes, des guides ou des procédures scientifiques, rationnelles, claires et transparentes relatives à l'amélioration de la productivité et de la rentabilité. En Tunisie et comme pour la qualité, les contre-performances y afférentes sont préoccupantes et elles nécessitent des programmes nationaux spéciaux pour que toute l'économie se remette sur pied.
De ce fait, il ne faut pas uniquement se concentrer sur le facteur investissement pour promouvoir le développement économique, mais aussi et surtout prévoir les textes réglementaires pour promouvoir la productivité et la qualité (ou encore la compétitivité). Ce n'est pas non plus avec des programmes sporadiques, instables et soi-disant pilotes pour la nième fois (entrepris et proposés que ce soit par l'administration tunisienne ou par des organismes internationaux) qu'on pourrait promouvoir la compétitivité de l'économie nationale. Il faut une politique claire, global et nécessairement une réglementation stabilisée.
Au niveau macroéconomique, les économistes mesurent ce qu'on appel la productivité du capital, la productivité du travail et celle relative à d'autres facteurs. Cette mesure macroscopique de la productivité est entreprise pour synthétiser la situation économique dans un pays et surtout pour expliquer l'évolution du PIB et de la richesse nationale. De ce fait, une augmentation de richesse peut être expliquée par une intensification du capital ou du travail ou encore par une optimisation des méthodes de travail ou par l'intégration des nouvelles technologies.
De ce fait, un gain de productivité peut être palpable dans un pays, même s'il n'y a pas intensification ou augmentation du capital ou du travail. Malgré leur importance, les indicateurs financiers à travers les bilans ou les analyses financières ou même à travers la comptabilité analytique (analyse au niveau des produits) ne sont plus suffisants pour localiser les gisements potentiels et cachés de la productivité. Un travail complémentaire doit être entrepris entre les comptables ou les financiers, d'un côté, pour mesurer exactement les résultats financiers constatés, et de l'autre côté, avec les techniciens pour piloter et mesurer exactement les facteurs et les critères techniques relatifs à la productivité (productivité analytique ou analyse au niveau des ressources).
Au niveau Microéconomique, on doit tout d'abord distinguer entre mesurer la rentabilité (à travers les outils financiers) et maîtriser la rentabilité (à travers l'analyse de la productivité). D'autre part, il faut surtout distinguer entre productivité et productivisme. Ce dernier concept est un péjoratif qui a été créé dans le cadre de la guerre froide entre les idéologies politiques (socialisme vs capitalisme). Le productivisme (et non pas la productivité) est plutôt orienté vers un intérêt systématique relatif à la quantité produite uniquement, et ce, sans prise en considération des aspects comme la qualité, l'implication du personnel, les conditions de travail, etc.
En tant que consultant et ingénieur en management de la qualité et de la productivité et ayant une longue expérience sur terrain, je propose les étapes essentielles suivantes :
Etape 1 : Conception et mesure des indicateurs « financiers » de rentabilité et de productivité générales. Ce travail est déjà entrepris dans la majorité des cas (à travers les bilans comptables et financiers) ; mais il reste insuffisant pour pouvoir agir en connaissance de causes (c'est ce qu'on peut appeler la productivité générale).
Etape 2 : Conception et mesure des indicateurs analytiques et plus techniques pour scruter les origines des gains potentiels et cachés relatifs à la productivité (c'est ce qu'on peut appeler la Productivité analytique).
Etape 3 : Analyse en permanence des causes de défaillances, formaliser et standardiser les corrections, et ce, par l'affectation d'un responsable ou la création d'un poste ou d'une fonction y afférente. La fonction contrôle de gestion en est un exemple, mais on constate qu'elle reste uniquement avec une orientation financière ou comptable, et de ce fait, comme si on revient à la première étape.
Productivité générale
La productivité est un concept qui permet, entre autres, de mesurer un rendement, une efficience ou encore un quotient entre des output et des inputs. Pour une activité, un processus, une entreprise ou même un pays ; les aspects des outputs et des inputs sont de natures et de dimensions très différentes, il est ainsi difficile et compliquer de pouvoir mesurer cet indicateur d'une manière précise et standard. La mission n'est pas cependant impossible et il faut décider qu'est-ce qu'on veut et on doit mesurer exactement, selon la nature des activités et la taille de l'entreprise. Selon la formule générale et relative à la mesure de la productivité (output/input), on peut constater qu'il y a plusieurs scénarios pour maîtriser et assurer la productivité ou la rentabilité. Supposant toute chose égale, par ailleurs, la meilleure façon de maîtriser la productivité est celui du 3e scénario basé sur l'amélioration des méthodes d'exploitation (voir tableau ci-dessous).
Chaque secteur d'activités possède des spécificités et on peut définir des indicateurs y afférents. Par exemple, dans le secteur de l'imprimerie on peut suivre l'évolution des surfaces imprimées par salarié ou par période fixée, ou encore la quantité du papier transformée ou imprimée par salarié ou par période, etc. Ce type de mesure globale peut être en volume (de production, quantité/salarié) ou en valeur surtout basée sur le chiffre d'affaires ou de la valeur ajoutée de l'entreprise (CA/salarié ou VA/salarié). On doit, cependant, rappeler la distinction entre réduction (des inputs) et optimisation. Optimiser ne veut pas dire systématiquement réduire et vice versa. Pour ne pas trop se perdre dans le concept compliqué et scientifique de l'optimisation, on peut par simplification l'expliquer comme étant : consommer le juste nécessaire pour produire le juste demande au meilleur (juste) moment, ou encore la production Lean. D'où l'importance du rôle des techniciens et de l'analyse, d'une façon générale, et de l'ingénierie et de la productivité analytique, en particulier.
Productivité analytique
Comme expliqué ci-haut et malgré leur importance, les indicateurs financiers à travers les bilans ou les analyses financières ou même à travers la comptabilité analytique ne sont plus suffisants pour localiser les gisements potentiels et cachés de la productivité. Ces mesures préalables et génériques restent des mesures de ce qui est arrivé et constaté. C'est-à-dire, elles ne précisent pas les gisements ou les potentialités d'une productivité meilleure et n'explique pas non plus les sources du gaspillage et du manque à gagner. En fait, on a besoin des mesures plus précises et plus spécifiques.
Comme en comptabilité, on a besoin d'une étude complémentaire et analytique, mais limiter à l'analyse surtout des coûts des produits. En productivité, on a aussi besoin d'une mesure et d'une étude ou d'une analyse technique pour identifier et maîtriser les sources du gaspillage et prévenir les risques du manque à gagner et des pertes inutiles. Si on se base sur le concept (outputs/inputs) et sachant que pour toute entreprise, on doit maîtriser les matières, les méthodes, la main-d''uvre et les moyens (ce qu'on appelle souvent les 4M), on peut mesurer d'une façon plus au moins détaillée les indicateurs de productivité y afférents et qui doivent porter sur un analyse de type net/brut, et ce, selon la pertinence et l'importance des ressources mises en 'uvre.
Extrait du Livre Management Qualité
Posté Le : 28/01/2018
Posté par : infos-tunisie
Source : www.lapresse.tn