
Habib Essid révèle que 80% des crédits réservés aux projets gelés ont été débloqués. D'autre part, tous les défaillants scolaires suivront une formation professionnelle. Quant aux mécanismes de l'emploi temporaire, ils disparaîtront d'ici 2020Entamée depuis mercredi, la séance de dialogue avec le gouvernement s'est poursuivie hier pendant près de quatre heures en raison de la longue liste des députés voulant intervenir. Pas très différente de la veille, la séance a été l'occasion pour les élus de rapporter au chef du gouvernement la détresse de leurs électeurs dans les régions. « Des citoyens que je ne peux plus rencontrer, tellement je n'ai rien à leur dire », affirme la députée de Gafsa de Nida Tounès, Asma Abou Al Hana, qui indique qu'au moment où elle parle 30 jeunes à El Gtar tentent de se suicider.Pendant que l'agitation sociale continue donc, les députés ont continué à critiquer le gouvernement, qui, selon la plupart, n'a pas su gérer la crise, même s'ils concèdent au ministère de l'Intérieur le mérite d'avoir su contenir la crise séuritaire. Parmi les interventions remarquées, celle de la députée Monia Brahim (Ennahdha), qui a accusé le gouvernement d'être à l'origine de l'affaire de corruption, puisque le premier délégué de Kasserine, limogé depuis, a bien été nommé par la présidence du gouvernement. Elue de Sousse, elle refuse de voir son gouvernorat délaissé par ce qu'il est considéré comme une « zone favorisée ». Pour cela, elle donne des chiffres de la croissance démographique à Sousse estimée à 2.2%, donc supérieure à la moyenne nationale « et ce, dit-elle, en raison de la migration, alors nous aussi nous avons besoin de votre soutien ».De son côté, le député Aymen Aloui du Front populaire (élu de Kasserine), a défendu le premier délégué objet des accusations de corruption en considérant que c'est « le bouc émissaire » de l'échec du gouvernement.« Si vous cherchez des coupables, je vais vous en donner : les barons du commerce parallèle, les évadés fiscaux, les grandes fortunes et les dettes odieuses de l'Etat tunisien », a-t-il indiqué.Autre intervention ayant suscité de l'intérêt, c'est celle des députés du nouveau bloc parlementaire « Al-Horra ». Des députés qui ont tous salué l'action gouvernementale sans pour autant oublier d'émettre des propositions et des recommandations. A ce titre, le député Souhaiel Alouini a confirmé que les actes de vandalisme qui ont visé la douane avaient pour but de détruire des documents confondant certaines personnes corrompues, notamment à Kairouen. Il a également proposé au gouvernement qu'il y ait dans chaque région ce qu'il a appelé « un centre de vie », dans lequel il y aurait toute l'infrastructure nécessaire pour le développement régional.Pour sa part, le président du groupe parlementaire de Nida Tounès, Fadhel Ben Omrane, a préféré être franc en indiquant que l'Etat ne peut pas tout faire.« Tout le monde attend de l'Etat qu'il soit le plus grand employeur, ce n'est pas possible, le plus grand employeur doit être le secteur privé, et c'est ce que prévoit la note d'orientation présentée par le gouvernement. Alors, arrêtons de diaboliser les hommes d'affaires », a-t-il lancé avant de remettre sur la table la loi sur la réconciliation économique qui, selon lui, devra être adoptée même si elle est amendée.Après 540 minutes d'interventions comptabilisées soigneusement par Abdelfattah Mourou, premier vice-président de l'ARP, la parole a été donnée au chef du gouvernement qui a mis l'accent pendant 45 minutes sur les actions qui ont déjà été entreprises et ce qui reste à faire.Habib Essid a rappelé aux députés que lors de son discours d'investitutre du 5 février 2015, il ne s'est pas engagé à éradiquer le chômage, tant il savait la difficulté de la chose. Il s'est par ailleurs dit : «Je me suis engagé sur la situation sécuritaire et malgré le peu de moyens que nous avions nous avons pu maîtriser la situation. J'ai promis de lutter contre la cherté de la vie et nous avons réussi à maîtriser l'inflation ramenée de 5.7 à 4.2 %. J'ai également promis d''uvrer pour la paix sociale et grâce à l'engagement des partenaires sociaux nous y sommes parvenus. J'ai promis d'augmenter les primes pour les plus démunis et nous l'avons fait. Même chose pour les petits agriculteurs pour qui nous avons effacé les dettes », a-t-il martelé.«Ma garantie, c'est mon diplôme»Le chef du gouvernement a aussi annoncé avoir débloqué 80% de 10 mille millions de dinars de projets d'infrastructure, gelés dans les régions ou dans les caisses. « Si nous n'avions pas fait cela, dit-il, le chômage aurait été plus grave après les attentats, surtout après l'arrivée cette année de 70.000 nouveaux jeunes sur le marché du travail ».Habib Essid s'est voulu décisif lors de cette séance en annonçant, sous les applaudissements de la majorité, une série de mesures. Il a en effet indiqué que 23.000 postes d'emploi allaient être créés par l'Etat, principalement dans la police, l'armée et la santé, qui totaliseraient 16.000 postes.Le chef du gouvernement a aussi annoncé qu'un effort supplémentaire sera fait par l'armée nationale qui a une capacité d'accueil annuelle de 30.000 appelés alors que l'armée n'en appelle finalement que 5.000. Il rappelle à cette occasion que les appelés pourraient être recrutés par l'armée.Habib Essid a également promis de faire en sorte que dans les familles les plus démunies, il y ait au moins un de ses membres qui soit embauché. Reconnaissant l'échec des mécanismes de l'emploi temporaire (qui sont au nombre de 7), Habib Essid a annoncé leur arrêt d'ici 2020, pour céder la place à de vrais leviers de croissance créateurs d'emplois.Le chef du gouvernement a aussi promis de supprimer l'autofinancement pour ceux qui ont des projets et qui ont des diplômes et a déclare même qu'il supprimera la garantie. «Pour nous, la garantie c'est leur diplôme».50.000, c'est le nombre d'élèves qui quittent l'école chaque année. Ce chiffre a été donné par Habib Essid qui promet aux parlementaires de leur soumettre dans les plus brefs délais un projet de loi « imposant à ceux-ci d'opter pour une formation professionnelle ».Afin de faciliter l'accord d'autorisations et les lenteurs administratives, le chef du gouvernement a enfin annoncé que, désormais, l'administration publique devra répondre dans un délai d'un mois. Passé ce délai, la non-réponse sera considérée comme un accord positif.
Posté Le : 29/01/2016
Posté par : infos-tunisie
Source : www.lapresse.tn