Séisme diplomatique, c'est peut-être peu dire. La mise au ban de l'Etat du Qatar par l'Arabie, saoudite, l'Egypte, les Emirats arabes unis et Bahreïn a tout pour bouleverser de fond en comble la donne non seulement dans le Golfe, mais aussi dans toute la région du Moyen-Orient. En rompant leurs relations avec Doha, ces quatre pays signent une nouvelle étape, une révolution copernicienne dans la configuration géopolitique d'une zone où s'enchevêtrent les intérêts de maintes puissances, et non des moindres, et où l'Iran s'active à y avoir son empreinte.Officiellement, Qatar est accusé de soutenir et de financer le terrorisme, mais fait plus grave, de s'accommoder de l'Iran, et même de le défendre face à son pire ennemi, l'Arabie Saoudite et l'allié de cette dernière, les Etats-Unis. Des griefs qui ont suscité la fureur de Doha accusant à son tour ses voisins du Golfe de vouloir le mettre «sous tutelle» et de l'étouffer économiquement.
A Tunis comme ailleurs, la surprise a été totale. D'autant qui rien ne donnait à penser que la riposte de Ryadh et de ses alliés serait si rapide et si foudroyante, même si on soupçonnait les uns et les autres de vouloir en découdre. La Tunisie tient à observer dans ce conflit une stricte retenue, gardant des relations généralement bonnes de ce côté-ci comme de l'autre. Les partis politiques majeurs ne se sont pas exprimés sur la question, surtout Ennahdha dont personne n'ignore les accointances avec l'Etat de Qatar, principal soutien des Frères musulmans en Egypte et ailleurs. Le seul , pour l'heure, à avoir eu un position tranchée sur la rupture des relations diplomatiques entre trois pays du Golfe et l'Egypte, d'une part, et Qatar, d'autre part, est l'ex président de la République, Moncef Marzouki, qui parle de « chantage et d'intention de faire plier nos frères qataris » , pour affirmer qu'il s'agit d'une « autre bataille , mais pas la dernière, dans le feuilleton dans la lutte pour l'affranchissement vis-à-vis de la tyrannie, de la corruption et de l'asservissement dans la région et dans tout le monde arabe ».
La main de Trump !
Nombreux sont les observateurs qui fait le rapprochement entre la, décision de rupture des relations diplomatiques et la visite du président américain Donald Trump en Arabie saoudite couronnée par la signature d'un accord sur « une vision stratégique » pour renforcer les relations économiques et de défense entre les deux pays. Trump avait pris sur lui d'appeler à « chasser » les extrémistes et « les terroristes », demandant aussi demandé à la communauté internationale « d'isoler » l'Iran. Le Qatar s'est plaint d'être victime d'une campagne hostile, notamment aux Etats-Unis, concernant son soutien présumé aux groupes islamistes.
Ce lundi 5 juin, c'est le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson qui s'est chargé de réagir à ce séisme diplomatique. « Il est important que ces pays restent unis ». Un commentaire timide. Mais d'après le Washington Post, la politique de Donald Trump dans la péninsule arabique peut avoir joué sur les relations internes au Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui regroupe plusieurs monarchies pétrolières sunnites, dont celles impliquées dans la rupture diplomatique de lundi. Tandis que l'administration Obama considérait ce groupe comme un bloc, Donald Trump a vu l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis comme les « deux piliers de son approche sur la région », écrit le journal, ce qui a pu favoriser l'explosion du rapport de forces interne.
Balkanisation rampante
En termes de géostratégie politique, on voit dans cette rupture diplomatique la marque d'une nouvelle étape dans la balkanisation du monde arabe. Le spécialiste de géopolitique et auteur de nombreux ouvrages sur le Moyen-Orient, Frédéric Encel, constate que le monde arabe n'en finit plus de se morceler et de se balkaniser. Cela a commencé avec la Somalie, puis le Soudan, l'Irak, la Syrie, jusqu'au Yémen et aux Comores... Il y a un effondrement soit économique, soit politique, soit géopolitique et militaire, soit les trois, avec une division profonde au sein de la Ligue des 22 Etats Arabes.
Il s'agit là d'une nouvelle étape. Elle est grave, explique-t-il parce qu'au fond, le dernier pôle géopolitique arabe à disposer encore d'un véritable levier de puissance avec les hydrocarbures, et à entretenir une vraie unité, c'est le Conseil de Coopération du Golfe. Et il est en train d'éclater. « C'est une nouvelle illustration de l'effondrement géopolitique du monde arabe, dont la traduction la plus éclatante en Syrie est le parrainage des négociations entre la Russie, la Turquie et l'Iran. Il n'y a pas un Etat arabe ».
Posté Le : 05/06/2017
Posté par : infos-tunisie
Source : www.africanmanager.com