Bizerte

« BENI WATANI* » (Oulaya), où êtes-vous '


p class="p1" style="text-align: justify; text-indent: 8.5px; font-variant-numeric: normal; font-variant-east-asian: normal; font-stretch: normal; font-size: 13px; line-height: normal; font-family: "Myriad Pro";"LE TEMPS - Raouf KHALSI p class="p2" style="text-align: justify; text-indent: 8.5px; font-variant-numeric: normal; font-variant-east-asian: normal; font-stretch: normal; font-size: 11px; line-height: normal; font-family: "Myriad Pro";"Cinquante-sept ans après l'évacuation du dernier soldat français après la sanglante bataille de Bizerte, voilà ressurgir dans la mémoire collective un haut fait du parachèvement de la souveraineté nationale. « Rien n'est plus capable que la mémoire de féconder et nourrir l'esprit », dit Plutarque. Les historiens, ces heureux « savants » qui ressassent les faits, et qui jonglent avec aussi, auront presque tout dit sur cette bataille. Chemin faisant, bon nombre parmi eux, ont commencé à faire dans le révisionnisme : « ce carnage était de trop » ... « C'était juste pour que Bourguiba satisfasse sa propre mégalomanie ». Ou encore ceci : « La France de De Gaulle n'avait que faire d'une base à Bizerte », épousant ainsi les thèses haineuses du Général lui-même, à l'endroit de Bourguiba. La condamnation de cette « guerre inégale » par le Conseil de sécurité, lui infligeait néanmoins un cinglant démenti.Au plus fort de la bataille, la voix emphatique, entrainante de la Diva Oulaya dans cette mémorable chanson patriotique : « BENI WATANI » (les enfants de ma patrie) rythmait les sacrifices consentis pour cette noble cause. Et elle rythmait aussi le triomphe imminent. « BENI WATANI », ce ne sont pas uniquement les soldats, dont l'icône de l'héroïsme reste le Colonel Béjaoui. C'est la Nation toute entière.
« Désenchantement national »
En cinquante-sept ans, beaucoup d'eau aura coulé sous les sources. Autant cette souveraineté tunisienne a été parachevée, autant le concept d'Etat/ Nation prenait petit à petit le pli du Parti/Etat et virait vers la personnification du pouvoir. Vers le déni de liberté, de démocratie qu'analysait Hélé Béji dans son célèbre: « Désenchantement national ». Puis, en 1987, l'Histoire se retournait contre Bourguiba. Comme elle s'est retournée, vingt-trois ans après, contre Ben Ali. Mais alors, où sont, où se trouvent « BENI WATANI », ceux-là mêmes que Oulaya haranguait. Les relais générationnels devaient normalement éviter à ce symbole de flétrir au fil des années. Plus personne n'est encore sensible à cet appel emphatique. Parce que l'ordre nouveau généré par la révolution est venu tout effacer. Parce que l'exigence d'Etat/Nation s'est effondrée. Parce que les nouveaux seigneurs du pays ont entrepris un travail méthodique de formatage des esprits, de réécriture de l'Histoire, et tout cela au nom d'une révolution qu'ils ont juste récupérée.
La quintessence de la reconquête de Bizerte se dilue donc. Parce que, déboussolés, les Tunisiens ont perdu leurs repères, leur identité. Le Président Kaïs Saïed s'est certes conformé au rituel de la célébration. Mais il a dû changer d'itinéraire, répondant aux appels des autochtones, pour aller constater de visu les bas-fonds d'une ville oubliée par la croissance, à l'instar de la plupart des villes de l'intérieur. Hichem Méchichi en a profité, pour sa part, pour effectuer une visite inopinée à l'hôpital de Bizerte, pour y constater les dysfonctionnements et le manque de moyens en cette « ère » de pandémie.
Oui, mais que pourront faire de spécial et d'exclusif le Président et le Chef du gouvernement ' Rien, tant que la classe politique consacre toute son énergie à diviser le peuple, à morceler le territoire, à racheter les âmes et, pour tout dire, à corrompre le peuple. Allez parler à Seifeddine Makhlouf de la bataille de Bizerte conquise de haute lutte : il vous dira que c'est une recolonisation masquée de la Tunisie par la France ! Allez dire à ses pairs au Parlement que la Nation explose : ils vous diront que ce sont là les fondamentaux de la révolution. Allez dire à Rached Ghannouchi qu'il est président du Parlement et que le Parlement est garant de la mémoire collective : il vous dira qu'il n'existe de mémoire que celle du combat d'Ennahdha !
Raisins de la colère
La voix de Oulaya dans « BENI WATANI » s'enfonce de plus en plus dans les ténèbres, en effet. Où sont-ils « Les enfants de ma patrie » ' Ils se haïssent les uns les autres. Ils sont éparpillés, par ce qu'on les a éparpillés. Voilà que, partout, d'une région l'autre, on sème les raisins de la colère. Voilà que la désobéissance civile, les mouvements de sédition et la partition de la souveraineté nationale agitent leur spectre dévastateur. Le Président Kaïs Saïed résume (étonnant de la part d'un constitutionnaliste !) la souveraineté nationale en ce seul concept : « L'Etat ». L'Etat, c'est en quelque sorte son syndrome. Le terme global résumant le tout, mais faisant abstraction de l'Etat/Nation. Il s'attaque aux ennemis de l'Etat (en fait, ses ennemis à lui), mais ne se doute pas que ses idées sur le localisme, une forme de morcellement de la souveraineté de l'Etat, donnent de bons prétextes à ceux qui, ameutés par les contrebandiers et des politiques véreux, s'emparent dans la logique du casus-belli de pans entiers et, parfois névralgiques, du territoire national. Où en est-on des valeurs républicaines, des valeurs de souveraineté nationale, de la primauté de l'Etat de droit ' Ce qui s'est produit à Sbeïtla est, en effet, l'illustration d'une faillite d'Etat, indépendamment des responsabilités des uns et des autres dans ce drame. Mechichi a, certes, sévi. Mais le problème d'un Etat qui ne dispose plus des commandes décisionnelles, restent posés.
Voilà que, de surcroît, les négociations d'El Kamour sont suspendues et que Tataouine reste encore une région séparatiste. Et, pourtant, les négociations ont été voulues par le gouvernement. Et, pourtant, la coordination d'El Kamour s'appuyait aussi sur des experts, sur des figures de renommée de la région. La pierre d'achoppement ' Les 1500 emplois à pouvoir tout de suite aux sans-emplois de la région. L'ennui, c'est que le gouvernement ne peut pas donner ce dont il ne dispose pas. C'est que l'accord du 16 juin 2017 consenti par le gouvernement Chahed s'était basé sur des hypothèses : le champs Nawara entre autres...
A supposer même que l'affaire d'El Kamour soit résolue, et elle doit être résolue, il y a cependant 23 autres gouvernorats qui sont actuellement aux aguets. Le gouvernement doit s'y préparer. Parce que Kaïs Saïed continue de parler de richesses spoliées. Parce que les partis n'ont aucun intérêt à ce que le peuple recouvre sa souveraineté et son union. Oulaya ne retrouvera jamais plus ses « BENI WATANI ».
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