Algérie

Croissance et chômage : un cinglant démenti au chef du gouvernement


Mardi dernier, 13 février 2024, lors d'une rencontre avec les responsables des missions techniques et financières internationales accrédités à Tunis, le chef du gouvernement, Ahmed Hachani, affirmait aux présents que « les indicateurs économiques s'améliorent de manière significative et le travail se poursuit pour entreprendre les réformes nécessaires ».Avant de se pencher sur les propos du chef du gouvernement, ne convient-il pas d'abord de connaître les raisons ayant amené Ahmed Hachani à tenir une telle réunion avec les principaux bailleurs de fonds du pays. L'Etat devrait mobiliser près de 16,5 milliards d'emprunts extérieurs pour boucler son budget 2024. Or, pour ce faire, la marge de man'uvre du gouvernement est considérablement réduite. Le recours aux institutions financières multilatérales est devenu plus compliqué que jamais, faute d'accord avec le Fonds monétaire international (FMI). Il commence aussi à devenir un peu plus compliqué avec les bailleurs de fonds bilatéraux, autrement dit les pays partenaires économiques de la Tunisie. Fourniraient-ils des signes de réticence à soutenir le pays ' En tout cas, il y aurait de quoi. L'échec du pays à aboutir à un accord avec le Fonds, qui les aurait rassurés sur la crédibilité des autorités à résoudre la crise économique, a refroidi leurs intentions. L'incapacité des autorités du pays d'accueillir dans les délais la mission de consultation du Fonds, mission qui s'impose à tous les Etats membres de l'institution financière multilatérale, en vertu du titre IV de ses statuts est venue en rajouter une couche. Il convient de rappeler que le rapport issu de ce genre de mission représente un précieux document ; une référence qui détermine dans une large mesure la nature et l'ampleur du soutien que ces bailleurs de fonds bilatéraux pourraient apporter à la Tunisie. Cette fois-ci, on les a privés d'une telle source de données et faits naître chez eux une certaine méfiance.
L'initiative du chef du gouvernement inversera-t-elle cette tendance ' Rien n'est moins sûr. Quarante huit heures après cette fameuse rencontre, la publication de deux indicateurs économiques clés est venue infirmer formellement l'affirmation du chef du gouvernement sinon y apporter un cinglant démenti : le taux de croissance et le taux de chômage.
En termes de croissance économique, le recul est spectaculaire par rapport aux prévisions pourtant actualisées du gouvernement. Une croissance affichée de 0,4% par rapport à 0 ,9% estimée dans la loi de finances complémentaire 2023. L'écart est trop important. Que dire alors par comparaison à l'objectif de 1,8% de croissance fixé par la loi de finances initiale. L'écart est abyssal.
Plus préoccupant, cette dégradation n'est pas le fait du seul secteur agricole qui subit, d'une année à l'autre les effets du changement climatique. Cette arbre, aussi malade soit-il, ne doit pas cacher la forêt de déboires des autres secteurs d'activités. Au niveau des industries non manufacturières, le recul est tout aussi important. L'extraction des produits miniers a chuté de plus de 10%. L'industrie d'extraction du pétrole et du gaz a baissé de près de 7%. Les industries manufacturières sont logées à la même enseigne. Les industries des matériaux de construction, de la céramique et du verre marquent un recul de 7,5% et celles de construction de 4%. Quand le bâtiment va, tout va, dit-on. Les industries du textile et du cuir tout comme l'industrie chimique affiche un recul de 0,4%. Seul le secteur des industries mécaniques, électriques et électroniques ont tiré leur épingle du jeu de la baisse affichant un gain de croissance près de 6%. Malheureusement, une hirondelle ne fait pas le printemps.
Du côté de l'emploi, le taux d'activité, relativement faible déjà, est passé de 46,5% en 2022 à 45,8% en 2023, entraînant une hausse du taux de chômage de 1,2 point de pourcentage (16,4% en 2023 contre 15,2% en 2022). Plus encore, le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans a gagné plus de 2 points de pourcentage en un an (40,9% contre 38,8%). Cette évolution ne va pas manquer d'impacter le taux de pauvreté.
Dans de telles conditions, est-il raisonnable de parler d'amélioration « significative » des indicateurs économiques ' Il serait permis d'en douter.
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