Algérie

Les agences de voyage désenchantées face à un Etat désemparé


L'heure est grave pour les agences de voyage. Certaines tirent le diable par la queue. D'autres sont déjà à l'article de la mort. La Fédération tunisienne des agences de voyage (Ftav) a tiré la sonnette d'alarme moultes fois mais rien n'a été fait jusqu'à l'heure. La batterie de mesures annoncée par le gouvernement d'Elyes Fakhfakh est, semble-t-il, restée dans les tiroirs de la Kasbah. Face à quoi, les propriétaires des agences de voyage ont décidé de se mobiliser.
Rassemblés devant le ministère du Tourisme, mardi 20 octobre 2020, ils ont fait gronder leur colère signifiant qu'ils ne peuvent tolérer d'être cloîtrés dans le désoeuvrement à un Etat ' qui, sans foudre de guerre à bord, court à hue et à dia pour s'extirper à une triple crise politico-socio-économique.

Les perspectives du secteur sont de plus en plus sombres. Faillite et chômage sont à l'horizon, surtout que la pandémie Covid-19 s'est ré-abattue de plein fouet sur le monde. En effet, avec l'arrivée du virus SARS-Cov-2 en Tunisie, les agences de voyage se sont engouffrées dans une incertitude sans précédent. Alors, pour combattre ce nouvel ennemi méconnu du monde entier, le gouvernement est tombé de Charybde en Scylla. Tout comme ailleurs, d'ailleurs, la Tunisie a fermé ses frontières et a décrété un confinement général. Un coup de massue pour les 1.300 agences de voyage que compte le secteur et leurs 20.000 employés !

Cet arrêt brutal aurait pu avoir des conséquences moins lourdes avec la réouverture ' précipitée ' des frontières. Sauf qu'avec la reprise des trafics aérien, terrestre et maritime, la situation n'a pas bougé d'une once. Les flux touristiques ' déjà amoindris depuis les attentats de Sousse ' sont restés en berne. Ce qui n'est guère une surprise étant donné le contexte mondial. Seulement 70.000 touristes ont pris le risque de se déplacer en dehors de leurs pays pour visiter la Tunisie cet été, selon les chiffres avancés par le ministère du Tourisme en août, alors que la saison touchait à sa fin. Les campagnes de promotion de la destination Tunisie dans les prestigieux magazines étrangers n'ont servi que de peu. Et les promesses de l'Etat ' annoncées en mai ' pour sauver les agences de voyage sont, elles, restées des paroles en l'air. Après tout, il n'y a pas le feu au lac. Nous avions un gouvernement à éjecter et un autre à mettre en place !

C'est d'ailleurs ce qui a accentué le ras-le-bol de la Ftav. Dans un communiqué publié pour expliquer les motifs du rassemblement de mardi devant le ministère du Tourisme, la Fédération tunisienne des agences de voyage a, en premier, revendiqué l'activation du décret N°2020-23 du 26 mai 2020, portant fixation de mesures exceptionnelles relatives aux agences de voyage dont l'activité est affectée par la propagation du Coronavirus «Covid-19» et publié dans le Jort N°048 du 28 mai 2020, et la réouverture des plateformes électroniques pour accéder aux aides de l'Etat.
La Ftav a, également, demandé le report de toutes les charges sans pénalités (impôts, CNSS, leasing,crédits bancaires...) jusqu'à 2021 et d'autoriser une retraite anticipée pour les employés ayant atteint 55 ans.

Selon une enquête de la Ftav réalisée en septembre auprès de 754 agences adhérentes, la moyenne des agences de voyage qui se sont inscrites pour obtenir les subventions des mois d'avril et de mai n'était que de 300. Le nombre d'employés ayant reçu la subvention de 200 dinars en avril était de 1344 et en mai 117, sur un total de 4642 employés. Nous noterons, aussi, que, selon la même enquête, 1335 salariés ont perdu leurs emplois (par licenciement ou fin de contrat) et aucune agence n'a perçu les crédits Covid-19, pourtant sur les 268 inscrites sur la plateforme entreprise.finance.gov.tn, 151 ont reçu leurs tickets d'éligibilité et 50, seulement, leurs accords de principe. Mais qu'est-il donc advenu de la ligne de crédit de 50 millions de dinars dont l'ouverture a été annoncée en mai par l'ancien ministre du Tourisme Mohamed Ali Toumi '

Plusieurs de ces acteurs du secteur touristique ne peuvent, malheureusement, survivre sans crédits. Au total, 438 agences de voyage ont affirmé ' dans le cadre de l'enquête de la Ftav ' que, sans prêt, elles boufferaient des briques au bout de deux mois et 99 autres ont estimé qu'elles pourraient survivre pour trois mois seulement avec leurs propres moyens.
La situation est clairement difficile. Les pessimistes quant à l'avenir du secteur se font, d'ailleurs, nombreux. Sur les 754 agences sondées, 63% s'inquiètent et 25% craignent le pire. Et le pire est justement à venir ! La situation épidémiologique grave du pays et ses finances au plus bas ne laissent présager rien de bon.

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