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Al Jazeera en Tunisie : Le « pire » est-il à venir '


Al Jazeera en Tunisie : Le « pire » est-il à venir '
Les appels à fermer le bureau d'Al Jazeera en Tunisie se sont faits de plus en plus incessants depuis l'attaque terroriste de Ben Guerdène lundi 7 mars 2015. La couverture jugée « douteuse » de la chaîne qatarie ainsi que la « bourde » commise par l'une de ses journalistes ont ravivé les critiques longtemps émises contre ce média plus que controversé.« La fermeture du bureau d'Al Jazeera est une question de sécurité nationale », a écrit le journaliste et rédacteur en chef du journal Assahafa, sur sa page Facebook, lundi 7 mars 2016. Zied El Héni, emploie même un ton alarmiste en déclarant que « le pire est à venir ». Mais El Héni n'est pas la seule personnalité tunisienne à critiquer vivement la présence de la chaîne qatarie en Tunisie. En effet, le secrétaire général adjoint de la centrale syndicale, Belgacem Ayari, a accusé, sur les réseaux sociaux, la chaîne de « fournir des informations [aux terroristes] concernant la situation sécuritaire dans la région ». Des informations « de nature à servir l'intérêt des terroristes et des cellules dormantes ». De son côté, l'ancienne journaliste tunisienne d'Al Jazeera, Kawther El Bachraoui a affirmé que la campagne de dénigrement des « valets de la chaîne Al Jazeera des valeureux soldats tunisiens » ne date pas d'hier. Dans un post Facebook publié lundi, la journaliste écrit : « nous avons été dévorés depuis 5 ans ['] la chaîne Al Jazeera a humilié toutes les armées arabes depuis qu'elle a dénigré les héros de l'armée syrienne et ses martyrs et les a qualifiés de terroristes lorsqu'ils se sont attaqués à Daech ['] Ils nous ont insultés lorsque la majorité d'entre nous s'est tue et ont applaudi les mensonges et les fabrications de la chaîne qatarie au sujet des résistants et des protecteurs de la patrie et de l'honneur parmi l'armée, les militants, le peuple et les médias ». Par ailleurs, les appels dirigés au chef du gouvernement Habib Essid à fermer le bureau d'Al Jazeera en Tunisie se sont multipliés sur la toile. Un groupe Facebook a été créé dans ce sens appelant à « la fin de la mascarade ». Le « pire » serait- il réellement à venir de la part de la chaîne, comme l'a déclaré Zied El Héni ' Si cette colère ne date pas d'hier, elle a été attisée notamment par une publication attribuée à une journaliste de la chaîne, Fatima Triki, dans laquelle elle dénigre les soldats tunisiens et les assimile à du bétail suite à la publication d'un selfie pris par de jeunes soldats devant des cadavres de terroristes abattus lors de l'opération Ben Guerdène. « De quel foin nourrit-on les armées arabes ' » s'est-elle demandée sur sa page Facebook ' Un post très critiqué qui a fini par être supprimé par la journaliste qui a publié un commentaire ironique dans lequel elle s'excuse pour avoir supprimé le selfie : « je n'ai pas perçu la victoire sur la photo! ['] Vous m'avez vaincue' ».Des propos qui ont tout de suite été condamnés par la chaîne elle-même. Le directeur, Yaser Abuhilalah, a publié dans un post publié le lendemain, un message d'excuses adressées au peuple tunisien pour les posts publiés par la journaliste Fatma Triki ainsi que Khadija Ben Guenna, autre journaliste à avoir émis des critiques similaires. « Elles auront des comptes à rendre conformément au règlement intérieur de la chaîne », a-t-il indiqué. Excuses nuancées par une certaine « incompréhension » face à ce qu'il qualifie de « transformation de cette colère en une campagne orchestrée contre Al Jazeera ». Mais si les propos de deux journalistes ont provoqué une telle réaction en chaîne, c'est sans doute parce que ce n'est pas la première fois qu'Al Jazeera est qualifiée de « média terroriste ». La chaîne possède en effet, une manière bien à elle, de traiter l'information tunisienne autour du sujet du terrorisme et notamment des derniers événements de Ben Guerdène. On lui reconnait une certaine « indulgence » face aux terroristes et une réelle désinformation menée dans le but de « taper » sur l'Etat tunisien.En effet, Al Jazeera, financée par l'émirat du Qatar, est accusée d'avoir pour objectif de saboter la transition démocratique tunisienne afin de ne pas donner « le mauvais exemple » aux autres pays de la région. Un vent de liberté rejeté par l'Etat pétrolier parce qu'il ne sert nullement ses intérêts et ses influences. Alors qu'en 2011, la chaîne avait été estimée crédible par plus de la moitié des Tunisiens (52,8% selon une étude de Sigma Conseil), pour sa couverture « sensationnelle » des événements du 14-Janvier, la chaîne se trouve aujourd'hui snobée par nombre de ses partisans. En perte de sympathie, non seulement pour ses téléspectateurs, mais aussi pour ses journalistes, la chaîne est de plus en plus critiquée pour sa manipulation évidente de l'information au profit d'agendas obscurs qu'elle continue de servir. On se rappellera des « dégage » scandés par les manifestants à l'adresse des journalistes de la chaîne lors de marches tenues à la Kasbah et à l'avenue Habib Bourguiba, du temps de la Troïka. Le média qatari avait, à l'époque, publié de fausses informations quant à la taille des manifestations de l'opposition tunisienne, et ce afin de minimiser la portée populaire des appels à faire chuter le régime de la Troïka, réputé proche d'Al Jazeera. Elle est aussi ouvertement impliquée dans des falsifications d'images et de faits en faveur du pouvoir islamiste de l'époque. Par ailleurs, AL Jazeera a été, rappelons-le, aux premières loges pour la couverture de certains événements, parfois anecdotiques, d'Ennahdha et des partis qui lui sont proches mais aussi des ligues de protection de la révolution, aujourd'hui dissoutes car impliquées dans plusieurs événements de violence. Ce média influent et disposant de gros moyens, continue à recruter des journalistes, moyennant des salaires très alléchants, pourtant il ne fait plus autant rêver aujourd'hui. En effet, nombre de ses journalistes se disent « leurrés » face aux pratiques très peu orthodoxes utilisées par la chaîne et préfèrent quitter le navire entrainant une vague de démissions. Une manière de « sauvegarder leur patriotisme », estiment certains d'entre eux affirmant que la chaîne n'avait pas toujours été le média de propagande, aussi ouvertement proche des islamistes, qu'elle est aujourd'hui.Alors qu'elle a fait l'opinion arabe, concurrençant les plus grands médias occidentaux, Al Jazeera est aujourd'hui en proie, à une baisse évidente de sympathie à cause des manipulations de l'opinion qu'elle pratique sans vergogne. En Tunisie, pays où la chaîne qatarie tente d'imposer sa vision, le dénigrement des rivaux politiques des « amis » d'Al Jazeera était monnaie courante lors des campagnes électorales. Lors de la dernière présidentielle, Moncef Marzouki avait fait de la chaîne sa tribune afin de dénigrer son premier rival Béji Caïd Essebsi, aujourd'hui président de la République. A l'époque, la chaîne n'avait cessé de l'accuser d'être « une figure notoire de l'ancien régime corrompu ». Aujourd'hui, force est de constater qu'Al Jazeera ne détient plus autant de cartes en Tunisie. Le pire est-il à venir ' Peut-être pas, mais malgré une cote de popularité en baisse, la propagande de la chaîne a encore de beaux jours devant elle vu les moyens dont elle dispose pour arriver à ses fins.
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