
Dans les dictatures protégées, comme les roitelets autocratiques et non moins sinistres, sévissant au Golfe Arabe, il suffit d'un simple mot, de la moindre rime ou de quelconque souffle d'émancipation pour mettre la potence et préparer l'échafaud. Dans ces contrées, la symbolique est forte. La peine capitale est exécutée par décapitation. On tranche la tête non seulement pour donner la mort mais aussi et surtout parce qu'il est le siège de la pensée et de la parole. Là-bas, les monarchies abhorrent l'idée et la voix et mobilisent tout une armée et tout un arsenal de représailles, en première ligne contre l'expression qu'elle soit d'ordre intellectuel, culturel ou artistique. Là-bas, soit on se tait, soit on se sacrifie. Un citoyen modèle est sourd, muet et aveugle. Réfléchir c'est conspirer, élever la voix est un acte d'apostasie. Une seule voix est une voix de trop. Tout est sous le sceau de la sacralité et passible d'atteinte à l'Islam. Penser autrement est assimilé à une tentative de coup d'Etat.Fidèle à son rang de royaume féodal, imperméable à la modernité, l'Arabie Saoudite vient, il y a quelques jours, de condamner à mort un le poète, saoudien d'origine palestinienne, Asharf Fayadh pour « propagande athéiste et blasphème« , chef d'accusation établi suite à une plainte déposée par un lecteur que les rimes, puisées dans un recueil de poésie vieux de 10 ans ont offusqué au point de demander la tête du poète, détenu depuis Janvier 2014. Ce dernier a écopé, en première instance, en Mai 2014, d'une peine de quatre ans de prison et de 800 coups de fouet. A ce premier procès, le poète, qui s'était élevé contre toute velléité blasphématoire de son 'uvre, avait fini par céder à la pression et à la peur et par s'excuser. Croyant en avoir dépassé avec le cauchemar et échappé à la peine de mort, le poète maudit n'en était pas au bout de ses surprises et surtout de ses déboires.A la surprise générale, le procureur a interjeté appel et obtenu l'annulation de la précédente sentence. Le 17 novembre 2015, malgré les excuses du poète, le juge a condamné Asharf Fayadh à mort pour apostasie, éructant que « le repentir, c'est pour Dieu« . Ce qui laisse suggérer que le terrible verdict qu'il a prononcé relève de la justice des hommes, une main de fer doit prévaloir quand bien même les remords et les regrets que le « coupable » a exprimés. Rien ne vaut le sabre sur les têtes pensantes, considérées comme des têtes brûlées mûres à la décapitation, au nom d'une justice d'un autre temps, donnée par des hommes d'un autre âge, dans le cadre d'un système judiciaire wahhabite, ultra-conservateur et par trop inhumain. La magistrature saoudienne n'est en fait qu'un instrument vassalisé par le palais, à l'instar de tout l'appareil de justice et de l'ensemble des institutions de l'obscur royaume.Un scandaleux déni de justice, sur fond de délit d'opinion. Quand l'idée devient le pire ennemi de l'Etat, les hommes de lettre, d'art, de culture ou de science en seront les premiers otages et les premières victimes. Il est interdit de penser, de réfléchir en dehors de la moule royale. Le souverain impérial pense pour tout le monde. Chaque idée insurgée est vite assiégée au vitriol et dissoute dans l'acide de l'orthodoxie. Il n'y a pas de dialectique en dehors des dogmes. Un véritable terrorisme intellectuel d'Etat dont les roitelets du Golfe Arabe, en particulier l'Arabie Saoudite, sont passés maitres. En effet, Riadhn'est pas à son premier forfait, se distinguant par l'insigne « privilège » d'en faire la collection. Les funestes précédents foisonnent. Deux exemples à citer :Cas de Raëf Badaoui : Pour avoir osé créer un blog «Réseau libéral saoudien», dont le ton critique à l'égard de la mainmise de l'establishment religieux wahhabite sur le royaume féodal et l'appel à l'ouverture de la société ont été vite incriminés et assimilés à des actes d'hérésie et d'insulte à l'islam, le fondateur Raëf Badaoui, militant de la société civile, a été plus lourdement condamné, en appel, écopant de dix ans de prison, de 1000 coups de fouet, le tout assorti d'une amende d'environ 200.000 Euros et d'une interdiction de quitter le pays pendant une période de dix ans.Au nom de l'Islam (lequel '), Raëf Badaoui doit être étouffé et massacré pour l'exemple et pour renforcer le climat de terreur sévissant en Arabie Saoudite où la police religieuse fait la pluie et le beau temps, se comporte en flic sur la conscience, sur la pensée, sur la conduite et sur la parole.Cas d'Ali Nimr: accusé d'avoir participé à des manifestations favorables au Printemps arabe alors qu'il était adolescent mineur, Ali Nimr a été condamné à la peine capitale.Doha n'est pas en reste, le Qatar brille lui aussi par son recours systématique au bâton pour clouer le bec aux penseurs libres et par son esprit formaté dans l'effroi de l'ignorance et de l'inculture. Là-bas aussi, la pensée est cyniquement traquée. Là-bas, dans la perception du monarque, il n'y a pas également de citoyens mais des sujets. Aucune voix sauf le bruit des bottes et des chaines. Sauf le gloussement de Mouza dont le simple pet est vite élevé au rang d''uvre d'art et la moindre toux est classé secret d'Etat. Cette sinistre affaire de Raëf Badaouin'est pas sans rappeler le cas non moins hideux du poète qatari Mohamed al-Ajmi, alias Iben al-Dhib, accusé « d'atteinte aux symboles de l'Etat et incitation à renverser le pouvoir » rien que pour avoir commis quelques vers « poème du jasmin », saluant la révolution tunisienne et le printemps arabe.Iben al-Dhib a seulement lancé une bombe non atomique mais sémantique « Nous sommes tous la Tunisie face à une élite répressive« , une missive de croisière et non un missile que le palais a jugée capable de déstabiliser son trône, son règne et sa main basse sur les richesses du territoire princier. Le roturier de la rime doit être puni pour son insolence, son impertinence et sa parjure. Condamné, le 29 Novembre 2012, à perpétuité, en première instance, le malheureux et non moins brave poète a vu sa sanction réduite, en appel, à 15 ans de prison. La Cour de cassation de Doha, se voulant chantre de la justice, a confirmé la peine prononcée en appel.Et de rappeler, par devoir de mémoire surtout, la tragique fin d'Antoine Laurent de Lavoisier, père de la chimie moderne, qui, accusé de contre-révolution, traduit au tribunal révolutionnaire en 1794 et condamné à la guillotine, avait demandé à la cour un sursis de quinze jours pour pouvoir mener à terme des expériences importantes pour la science, la France et l'humanité. En réponse, le président du tribunal révolutionnaire, le tristement célèbre Jean-Baptiste Coffinhal, s'était fendu de la réplique de sinistre mémoire « La République n'a pas besoin de savants« .Pour paraphraser, serait-on également tenter de dire que, dans les roitelets du Golfe Arabe « La monarchie n'a pas besoin de penseurs« , mais tout juste de laquais, de courtisans et de larbins. Le peuple ne vaut que par son allégeance et son assujettissement et le débat d'idées n'est qu'une conspiration renégate rien qu'à observer le terrorisme intellectuel et la cruauté mentale dont font preuve certains régimes arabes, notamment au Golfe, contre les icônes et les arcanes de la culture, de la connaissance et de la pensée libre.
Posté Le : 26/11/2015
Posté par : infos-tunisie
Source : www.tunisienumerique.com