Un exécutif lunatique et imprévisible, des joueurs manquant d'implication, l'argent qui coule à flots mais qui est mal affecté, un manque de sérénité sur fond de communication prosélytiste et d'incantations récurrentes. On aura tout vu au Parc A, cette année-là! Un CA emporté par la fièvre néolibérale mais incapable de suivre le mouvement des meneurs. Il pleut des tacles au royaume de Bab Jedid. Au départ, en début de parcours, ce n'étaient que quelques sanglots discrets. Puis, les larmes sont devenues plus abondantes à tel point que l'insatisfaction général a prit de l'ampleur et supplanté l'euphorie du titre de champion. Approximatif, inconstant et illisible dans son jeu, le CA a fini par payer cher son inertie, sa paralysie, son inaction et son absence de vision. Ce CA-là n'est plus qu'un parfait concentré de tous les excès du néolibéralisme. Une gigantesque «bourse aux footballeurs» et un Show TV à l'impact retentissant. C'est triste pour ces fabuleux supporters dont la plupart n'ont que le club pour défendre leur honneur. Car, pour ces milliers de fidèles, le CA incarne un état d'esprit, et pas celui d'un club populaire passé sous pavillon privé. Après-coup, les motivations deviennent forcément différentes. Qu'il semble loin le temps de ce football d'avant, populaire et bon marché avec des joueurs volontaires et engagés. Cet esprit-là a maintenant du plomb dans les tibias via un impact sans équivalent sur le jeu de l'équipe. Au CA, la dimension spectaculaire du football a pris les devants sur l'efficacité et l'esprit conquérant. C'est bel et bien une fuite en avant où l'on tente de séduire au lieu de convaincre. Bref, les joueurs, pour la plupart des mercenaires recrutés à prix d'or, ne sont plus que de passage, en transit. Ils négocient des engagements à court terme et ne pensent qu'à leur traitement financier. Ce qui pousse forcément la direction à ne pas construire et s'inscrire dans la durée.Mariage de raisonL'esprit clubiste est menacé, un «foot-business» tentaculaire s'est installé. Le mariage de raison est consommé ! Eh oui, l'argent n'a pas d'odeur car c'est l'unique carburant du football tunisien. Même si pour le cas du CA, il n'a pas fait le bonheur, tout juste y a-t-il contribué via ces indemnités de transferts colossales (Khelifa, Touzghar, Nater, Belaid, Ben Mustapha, Mikari, Nouioui). Bien entendu, et ce n'est pas une constatation typiquement clubiste seulement, cette folie des transferts a provoqué une hallucinante inflation des contrats. Du coup, c'est la formation qui se retrouve lésée puisque même un CDF qui ratisse tous les meilleurs jeunes de la région, n'arrive plus à sortir que deux ou trois joueur pro (Ayachi, Zemzmi, Lahouél). On vide les campagnes des gamins les plus doués, mais ensuite leur rêve se brisera parce qu'ils ne seront pas assez forts pour intégrer l'équipe A du CA! C'est dire combien le bilan humain de ce mirage entretenu est désastreux. Et ce n'est pas fini! Pour gagner, il faudra dépenser encore plus, étoffer son effectif, et donc aller vers une logique plus libérale encore, au risque de tuer l'âme d'un CA tiraillé et désabusé. La représentativité, l'harmonisation, la protection de la formation, le contrôle de gestion, le CA doit revenir aux fondamentaux, afin que la domination de la logique financière sur le projet sportif s'inverse à terme.
Posté Le : 19/06/2016
Posté par : infos-tunisie
Source : www.lapresse.tn