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Des jours cruciaux pour le gouvernement Youssef Chahed Conférence des investisseurs, syndicats, avocats et médecins


Youssef Chahed est un novice en politique. Malgré ses engagements dans divers partis politiques depuis la révolution de 2011, il n'a guère été aux affaires auparavant, hormis un discret passage en tant que secrétaire d'Etat à la Pêche dans le précédent gouvernementAujourd'hui, il découvre, à ses dépens la plupart du temps, les arcanes de la politique en Tunisie. On a beau être chef du gouvernement, personnalité essentielle dans l'édifice institutionnel et politique, on n'a pas pour autant les coudées franches. Le chef du gouvernement à La Kasbah se rend avant tout compte qu'il est plus que jamais locataire provisoire. Et pour cause. La politique y est un perpétuel marchandage entre divers protagonistes dont l'épicentre est ailleurs.Ainsi en est-il de la présidence de la République, des partis de la majorité, des organisations nationales et des chancelleries étrangères. Le fait est là. Il s'agit bien d'autant d'acteurs d'une donne politique à géométrie variable et aux ramifications inextricables.Pour l'instant, le vaisseau du gouvernement doit faire face à un récif de corail. En quelques semaines, il doit négocier la conférence internationale des investisseurs, la loi de finances et les conflits larvés avec les syndicats et des corps de métiers des professions libérales. Le tout dans un mouchoir, c'est-à-dire avant le 15 décembre prochain.La conférence internationale des investisseurs sera cruciale. Sa réussite importera beaucoup, surtout pour les grands projets qui permettront à la Tunisie de renouer avec l'excellence, la croissance soutenue et le cercle vertueux économique et forcément social. Devant se tenir dans nos murs fin novembre, elle devra mobiliser quelque cent cinquante milliards de dinars autour de projets structurants.Oui mais encore faut-il présenter des projets bien ficelés dans un emballage motivant. Parce que ce n'est pas si évident que cela puisse paraître de prime abord. Le gouvernement sortant de Habib Essid avait fixé un certain nombre de projets, sans que cela soit exhaustif ou définitif. Le gouvernement actuel a annoncé qu'il les passe au crible avant de se décider. Et il ne s'est pas encore décidé.Avec les déboires de l'économie égyptienne, les signes de troubles au Maroc et de sombres perspectives ailleurs, notamment en Libye voisine où on ne voit pas encore le bout du tunnel, la Tunisie reprend un regain d'intérêt aux yeux de la communauté internationale. C'est, de nouveau, une destination privilégiée. Mais c'est encore sur le papier et côté pronostics. La concrétisation dépendra des performances réelles sur le terrain.Lors de la conférence internationale des investisseurs, le gouvernement Youssef Chahed devra convaincre et en imposer. Il n'a guère droit à l'erreur. Et il n'est guère d'autre issue pour ce véritable passeport obligé pour le futur immédiat.La loi de finances devra, elle aussi, officier comme un moteur de la croissance escomptée. Une croissance synonyme de décollage en fait. Or, ici également, ce n'est pas si évident. Le gouvernement devra éviter les travers d'un certain acharnement fiscal dont les avant-goûts amers se profilent déjà. A entendre tous ces spécialistes et commis du fisc qui redoublent d'analyses ingénieuses sur les plateaux radiotélévisés, on se dit qu'on n'est pas si loin de l'acharnement fiscal précisément. Parce que, entre la diligence pointilleuse et l'acharnement mal-à-propos, le fil est ténu. Et puis, un bon système fiscal, nouveau de surcroît, ne vaut qu'autant qu'il s'avère engageant et non oppressant. Parce que, dans cette dernière perspective, les effets pervers ou contre-productifs ne tardent pas à se faire lourdement ressentir.Dernier écueil et non des moindres, les relations avec la centrale syndicale, l'Ugtt, et certains corps de professions libérales, les avocats et les médecins en prime.Avec l'Ugtt, le torchon brûle depuis l'annonce du chef du gouvernement de la nécessité de reporter les augmentations salariales convenues et signées et prévues pour les années 2017 et 2018. On a épilogué longuement là-dessus, mais le désaccord demeure encore. Certes, les positions ne sont pas définitivement tranchées. Une réunion cruciale entre représentants du gouvernement et représentants des syndicats est prévue dans les prochains jours. Autrement, le bras de fer larvé tournera à la confrontation ouverte. Et le gouvernement y laissera des plumes s'il ne peut y survivre tout bonnement.Idem pour les avocats et médecins. Là aussi, un accord est nécessaire, sinon la pente abrupte des dégâts se fera jour. Et c'est d'autant plus nécessaire qu'il s'agit de métiers fortement politisés et, surtout pour les avocats, pourvoyeurs de pans entiers de la classe politique, toutes instances et tendances confondues.Il va de soi qu'il ne s'agira guère, pour le gouvernement, de subir les menaces ou la surenchère. Ces métiers devront, eux aussi, s'acquitter de leurs obligations fiscales à l'instar de tous les autres corps de métiers. Mais un mauvais arrangement vaut toujours mieux qu'un bon procès. Et la balle est dans le camp des différents protagonistes.Youssef Chahed est prévenu. D'ici le 15 décembre, l'avenir de son gouvernement se jouera tant au niveau local qu'à l'international. S'il sait en sortir, il sera moins novice en politique. Et s'il cale, il n'aura guère dépassé le statut de néophyte en panne d'hommes et d'idées.
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