Habib Essid sort de son silence. Il se déclare partisan d'un large remaniement du gouvernement qui a une mission à mener à bon port : les élections municipales et la promotion du plan quinquennal de développement 2016-2020Il semble que Habib Essid, le chef du gouvernement, a décidé de se joindre lui aussi au débat national qui bat son plein depuis plus de dix jours sur la formation d'un gouvernement d'union nationale proposé par le président Béji Caïd Essebsi.Dans une interview accordée au site Al Arabiya et publiée, hier, il a déclaré qu'il «est pour un large remaniement du gouvernement et que ce gouvernement doit assurer le bon déroulement des élections municipales et la promotion du plan quinquennal (2016-2020) à travers une conférence internationale en novembre prochain».Il ajoute : «Je ne fuirai pas mes responsabilités. Démissionner est pour moi synonyme d'un affaiblissement majeur de l'Etat». Voilà qui est clairement dit et expliqué : «Le président Béji Caïd Essebsi ne m'a pas demandé de démissionner et s'il est impératif que je parte, il existe des scénarios prévus par la Constitution à respecter, également, impérativement».Hier, on attendait que la rencontre Essebsi-partis de la coalition au pouvoir, Ugtt et Utica aboutisse à un début de solution, voilà Habib Essid intervenir dans le débat au risque de changer la donne : comment déloger le haut commis de l'Etat de la fonction où il a été désigné et comment le convaincre de partir en douceur et avec les honneurs dus à son rang de chef de gouvernement en évitant que s'installe dans le pays une nouvelle crise qui pourrait faire retarder encore plus la formation du gouvernement d'union nationale que le président de la République veut pour fin Ramadan.Et si le projet capotait en entier 'Et les questions des observateurs et des analystes politiques de fuser. Habib Essid a-t-il agi, ainsi, de son propre gré ou dispose-t-il de promesses de soutien de la part de certaines parties influentes, y compris au sein même de certains partis de la coalition gouvernementale qui soutiennent l'initiative présidentielle mais qui n'ont pas manqué de faire part de leurs réserves quant aux noms qui circulent dans les médias pour remplacer le chef du gouvernement ' Les tergiversations des partis appelées à donner forme à l'initiative du chef de l'Etat, les discours contradiction de ces mêmes parties quant aux objectifs à réaliser, l'élargissement exagéré des concertations menées par le président de la République, la profusion des feuilles de route (Ugtt, Al Massar, Front populaire), dont les concepteurs se disent prêts à finir le travail que Habib Essid et ses ministres n'ont pas entamé, les candidats autoproclamés (Néjib Chebbi) et ceux dont les noms ont été soufflés par des groupes de pression ou des lobbies nationaux et internationaux (Sofiène Ben Naceur, Kamel Nabli, Kamel Morjane) ont-ils contribué à faire naître chez Habib Essid l'idée qu'il demeure le choix consensuel comme il l'a été lors de la constitution de son premier gouvernement'Et certains analystes questionnés par La Presse n'hésitent pas à faire remarquer «qu'en suivant les activités menées par Habib Essid tout au long de la semaine écoulée et ses entretiens avec ses ministres sur le programme à venir de leurs départements (Enseignement supérieur, Formation professionnelle et Emploi, campagne nationale de contrôle de la présence effective des fonctionnaires de l'Etat, préparatifs pour l'examen à l'ARP du plan quinquennal de développement économique et social), on a l'impression que le chef du gouvernement restera en fonction d'ici au moins fin juillet prochain, date prévue pour la clôture de la législature en cours». Les mêmes observateurs ajoutent : «Il paraît qu'Ennahdha n'a pas encore réglé ses affaires internes. Le 10e congrès a laissé des séquelles et il faut laisser le temps au temps pour que Ghannouchi exerce ses nouvelles prérogatives au sein du parti comme il le veut. Pour le moment, il écoute les autres parler et laisse ses lieutenants distiller les indiscrétions au compte-gouttes en attendant de voir les choses se clarifier davantage pour ce qui est des candidats que les autres partis avancent. Et comme à son habitude, Ennahdha s'exprimera à la dernière minute quand il sera sûr que ses conditions seront satisfaites».L'Utap s'invite au dialogueEt comme tout le monde estime qu'elle a son mot à dire à propos de l'initiative présidentielle, l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche (Utap), la grande absente du paysage politique national depuis la révolution, est montée, hier, au créneau et s'est invitée au dialogue général sur le gouvernement d'union nationale.Hier, Abdelmajid Ezzar, président de l'Utap, a signé une déclaration au nom de l'Union dans laquelle il souligne : «Bien que l'Utap n'ait pas été associée au débat, nous considérons que nous constituons un partenaire économique et social important et agissant dans la consultation en cours. Nous avons le droit de faire part de notre opinion pour ce qui est de la composition du futur gouvernement et en particulier pour ce qui est de ses programmes économiques et sociaux».Il appelle aussi à ce que «le secteur agricole occupe une place de premier plan dans les préoccupations stratégiques et dans les approches de développement du prochain gouvernement dont la formation doit s'opérer loin de toute pression ou agenda».Maintenant que les agriculteurs se joignent au débat, l'on se demande comment le président Béji Caïd Essebsi, conscient du poids de l'Utap et de son importance, va répondre à Abdelmajid Ezzar, qui parle au nom des agriculteurs et aussi d'Ennahdha où il est toujours membre du Conseil de la choura.
Posté Le : 14/06/2016
Posté par : infos-tunisie
Source : www.lapresse.tn