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La femme, un sujet plus que galvaudé 40e Festival du Caire


De notre envoyée spéciale Neila GHARBI
La 40e édition du Festival international du film du Caire, rendez-vous annuel du cinéma international, est à mi-chemin. Le palmarès, qui sera proclamé vendredi 29 novembre, révèlera les tendances du jury présidé par le prestigieux cinéaste danois Bille August. D'ici là, les films défilent sur les écrans et comme de bien entendu, ceux qui drainent le plus de public sont les films égyptiens, notamment ceux diffusés en avant-première, mais pas autant que les JCC.
Le film tunisien «Dachra» de Abdelhamid Bouchnak, projeté dans le cadre de la section cinéma de Minuit, a bénéficié de deux projections mais dans des salles presque vides. Le réalisateur accompagné de son équipe s'est dit frustré de l'accueil qui lui a été réservé : «Personne n'était là pour nous accompagner», s'est-il indigné.
Il est clair que les films en provenance d'autres nationalités (américaines, européennes et asiatiques) sont beaucoup plus accomplis sur le plan cinématographique, tandis que les films arabes restent empêtrés dans des thématiques galvaudées et des traitements esthétiques d'une platitude affligeante. On a beau chercher des arguments susceptibles de les avantager, rien à faire. «Amra et le second mariage» du réalisateur saoudien Mahmoud Sabbagh, auteur d'un premier long métrage «Baraka rencontre Baraka», donne le ton d'une grande partie de la sélection des films programmés dans le cadre d'Horizons du nouveau cinéma arabe. Un drame social qui raconte l'histoire d'une femme de 40 ans dont le mari veut épouser une seconde femme plus jeune qui lui donnerait un garçon, sachant que la fille reste maudite dans certaines familles musulmanes d'une autre époque.
Le mérite de ce film est qu'il fait sauter les verrous d'une société machiste, fermée sur elle-même et voit d'un mauvais 'il qu'une femme puisse revendiquer ses droits. La femme dont il est question dans le film est d'un milieu modeste, contrainte de travailler à la maison et de vendre ses produits dans un marché destiné exclusivement aux femmes pour subvenir aux besoins de sa famille. Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, les femmes apparaissent sans voile. Plus proche d'un téléfilm à la narration classique, il faut avouer qu'il se laisse voir d'autant plus qu'il est truffé d'un certain nombre de détails de la vie courante et notamment la vie et le combat touchant des femmes interdites de s'exprimer et de revendiquer leurs droits.
Du social encore et encore
Le film marocain «L'Aziza» de Mohsen Besri, présenté aux dernières JCC et qui concourt dans la section Horizons du nouveau cinéma arabe au Caire, traite à peu près du même sujet mais différemment, dans la mesure où la démarche est tout autre, puisqu'il s'agit d'un road movie à travers le Maroc. Ici on change complétement d'univers. Les dunes de sable de l'Arabie Saoudite cèdent la place aux paysages verdoyants du Maroc. Dans ce décor, l'héroïne est une femme enceinte qui est renvoyée par son mari. Elle part avec son fils de 6 ans accoucher chez sa famille. Mais le père veut reprendre son fils pour le scolariser. L'histoire est celle d'une divorcée qui se trouve au ban de la société. Le regard que porte la société sur la femme divorcée ne l'aide pas à retrouver sa place. Subi ou choisi, le divorce reste une étape pénible. Et lorsqu'il y a en jeu des enfants à prendre en charge, la situation est beaucoup plus compliquée parce que les divorcées doivent s'occuper de leurs enfants seules. Même si les droits des femmes ont fortement progressé au Maroc, le problème des femmes divorcées est encore d'actualité. Il y a une certaine monotonie qui s'installe au gré des pérégrinations du couple mère-enfant. Les mêmes séquences se répètent sans évolution, ce qui rend le film lassant.
On change complétement de cap avec le film libanais «Ghaden Al Aid» de Lucien Bourjeily, projeté aux JCC, qui se situe en un seul lieu ; la maison : théâtre où se dissèque la société libanaise avec ses divergences et ses contradictions. A travers le microcosme qu'est la famille, autour d'un repas de fête qui commence par la joie des retrouvailles, puis la fête est troublée lorsque les tensions entre les personnages montent crescendo pour atteindre son paroxysme lorsque la propriétaire des lieux qui n'est autre que la mère ne retrouve pas la somme d'argent qu'elle a gardée pour payer les charges. Les relations s'enveniment et la crise de confiance se perd entre les membres de la famille. On ne peut pas ne pas le comparer au film italien «Perfect Strangers» de Paolo Genovese, mais cela ne gâche pas le film qui est maîtrisé à tous les points de vue.
Très attendu, le film égyptien «Leil Khariji» de Ahmed Abdallah El Sayed Abdallah, seul film égyptien en lice pour le grand prix du festival, est assez décevant à cause d'un scénario qui ne tient pas la route. Il s'agit de l'aventure à la lisière du mélodrame et du rocambolesque de trois lascars qui vivent une nuit particulière dans Le Caire d'aujourd'hui. «Leil Khariji» dresse un constat de la société égyptienne un peu brouillonne où des liens tissés entre des personnes peuvent se révéler solides. Comme dans la plupart des films égyptiens, cela se termine par un happy-end qui n'est autre qu'un mariage entre les deux protagonistes du film. Même si l'heureux événement se déroule dans des conditions assez particulières. Par ailleurs, des extraits de chansons balaient presque toutes les séquences, ce qui ôte toute crédibilité à un film dont l'idée est intéressante mais le scénario sans consistance.
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