
Désormais la Libye n'a jamais été aussi proche de la partition que depuis l'existence de deux parlements et de deux gouvernements illustrant ainsi l'aggravation de la crise politiques dans le pays où les rapports de force sur le terrain ont déjà établi une nouvelle réalité consacrant, dans la pratique, cette division tant redoutée du pays.Pourtant, tout concourait à unifier ce pays tant par sa géographie qui en fait un pays dont les extrémités sont liées naturellement que par les similitudes des composantes de son peuple en dépit de la nature tribale de la société libyenne compensée par la religion unique, l'Islam qui en constitue le ciment, selon les observateurs de la scène libyenne.L'existence de minorités Berbères (Amazighe), Touaregs et Toubous, n'a jamais constitué une menace de partition, malgré la montée de leurs revendications pour la prise en considération de leurs spécificités culturelles à la faveur du vent de liberté qui a soufflé sur le pays grâce à la révolution qui a renversé le régime de Kadhafi qui les a longtemps opprimées.Par ailleurs, le mouvement d'autonomie qui a flirté ces derniers mois avec l'esprit de certains nostalgiques de l'ère de la monarchie Al Senoussi dont la Constitution de 1951 avait établi un système administratif instituant trois régions autonomes: Tripolitain (ouest) , Cyrénaïque (est) et Fezzan (sud), a fait long feu.Ses partisans ont mis une sourdine sur leurs revendications après l'aggravation de la crise politique qui avait éclaté depuis décembre 2013 durant la période de l'ancien Premier ministre Ali Zeidan, opposant les courants libéral et islamiste au sein du Congrès général national (Cgn), le Parlement sortant et qui avait débouché sur une entière paralysie du pays.Aujourd'hui, la situation risque de faire basculer le pays dans la guerre civile tant les antagonismes se sont approfondis et les positons et opinions plus tranchées entre les protagonistes en présence qui se disputent dans une surenchère digne d'un dialogue de sourds.Depuis la prise du contrôle de l'aéroport de Tripoli le 23 août par les troupes de "Fajar Libya" (Aube de Libye), une coalition de groupes armés, notamment de Misrata issus du courant de l'islamisme politique et le retrait des unités des ex-rebelles de Zenten, des pro-libéraux et nationalistes qui étaient chargés après la chute de Kadhafi de le sécuriser, la donne semble avoir changé sur le terrain.Accusés d'avoir déclenché l'offensive militaire le 13 juillet contre l'aéroport de Tripoli provoquant de violents affrontement armés pour compenser leur cuisante défaite aux élections parlementaires du 25 juin, les islamistes contrôlent désormais la capitale Libyenne et une grande partie de l'ouest jusqu'à la frontière avec la Tunisie, à l'exception de la ville de Zenten et certaines villes environnantes.L'Alliance "Fajr Libya" bénéficie de l'appui total de la ville de Misrata dont les combattants forment l'ossature et l'appui d'une grande partie de l'Est dont Benghazi, suite à la sympathie avec la coalition du Conseil de la Choura des révolutionnaires de Benghazi qui regroupe Ansar Asharia et d'autres milices islamistes.Ainsi, sur le terrain, les islamistes revendiquent le contrôle de plus des trois quarts du pays qui est désormais hors contrôle de l'Etat libyen, ce qui les a poussés à faire reprendre du service au Cgn dont le mandat a pris fin le 25 juin, avec l'élection du nouveau Parlement qui s'est installé depuis le 4 août à Tobrouk (est) et bénéficiant d'une large reconnaissance de la communauté internationale.Cette mesure vise, selon l'analyste politique libyen, Najem Massoud, à trouver une couverture politique à leur action afin d'imposer le fait accompli. "Les différentes manifestations sont un nouveau subterfuge pour donner une dimension populaire à cette prise du pouvoir par la force des armes, en proclamant tirer la légitimité du peuple", a-t-il ajouté.L'installation du gouvernement à Tobrouk qui a reconnu que les institutions et ministères à Tripoli ne sont plus sous son contrôle, consacre cette partition qui cantonne de fait les institutions reconnues à la région orientale du pays.Au niveau international , le président du Cgn, Nouri Aboushemein, s'est rendu dans plusieurs capitales des pays voisins, l'Algérie et le soudan, en plus de la Turquie, à la recherche d'appuis extérieurs en prélude à une reconnaissance par l'étranger de leur légitimité.Si l'Algérie a réitéré son attachement à la non ingérence dans les affaires intérieures de la Libye, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, promu président après avoir remporté les élections, est revenu sur sa reconnaissance du nouveau Parlement, suscitant le courroux des autorités libyennes.Le Soudan a également apporté son soutien au Cgn dont le président a rapporté la déclaration du Président Omar El Béchir qui a exprimé l'attachement de son pays à une passation du pouvoir selon les dispositions de la Déclaration constitutionnelle, un argument défendu par le camps islamiste pour justifier leur rejet de la légitimité du Parlement installé à Tobrouk, bien que les députés présents soient majoritaires.Cette confusion a fait sortir les responsables de la Banque centrale de Libye de leur silence en dénonçant les multiples pressions dont ils font l'objet de la part des deux camps pour financer leurs activités, appelant à tenir l'institution financière loin des tiraillements politiques.Chaque camp campe sur ses postions et la volonté de chacun d'en découdre par les armes ne laisse aucune chance au dialogue tant escompté par les Nations unies et les partenaires internationaux de la Libye pour trouver une issue pacifique à cette crise.Cette situation risque de faire glisser le pays vers la guerre civile et sa partition, notamment en raison du chaos qui règne actuellement dans le pays.Mais les différentes initiatives prises durant le déclenchement de l'offensive tant au niveau local qu'international, n'avait pas abouti à un cessez-le-feu entre les belligérants qui avaient pris en tenailles les civils qui ont payé le prix fort de ces violences, aussi bien en termes de pertes en vies humaines, que de déplacements et de multiples privations en raison des pénuries d'essence, d'électricité, de produits alimentaires et de médicaments.Les menaces de sanctions ciblées contre les individus et entités décidées par la résolution du Conseil de Sécurité qui a demandé un cessez-le-feu immédiat, n'ont pas dissuadé les "Emirs" de la guerre avides de gains et de butin pour déposer leurs armes.Pourtant, la communauté internationale semble entrouvrir une lueur d'espoir avec les efforts du nouvel émissaire onusien en Libye, l'Espagnol Bernardino Leon, qui jouit d'un respect des protagonistes avec lesquels il a déjà pris contact.La phase que traverse la Libye est grave et exige d'agir vite au risque de voir les choses s'envenimer en faisant entrer le pays dans une guerre civile dont les conséquences seront incalculables pour la région, selon des responsables européens et des pays du voisinage.
Posté Le : 04/09/2014
Posté par : infos-tunisie
Source : www.africanmanager.com