Au risque de me faire écorcher, je me lance. Tant qu'on a encore le droit de s'exprimer librement, tant qu'on a encore la possibilité d'émettre un avis contraire, de faire montre d'un peu d'esprit critique, loin du pathos exacerbé et des passions déchainées.Pourquoi se faire écorcher ' Parce qu'en ces temps d'extrêmes tensions politiques, en ces temps de campagne électorale avant l'heure, il est un phénomène qui inquiète. La bipolarisation est telle qu'on ne peut émettre une critique sur le camp Moussi ou islamiste, sans se faire lyncher. Des deux côtés, la haine a atteint un tel point qu'une personne, qui se tient à distance et avance un mot qui contrarie l'un ou l'autre, se voit illico presto gratifiée de tous les noms d'oiseaux possibles. Très vite on vous sort le grand jeu, on se retrouve à la fois islamiste/RCDiste ; fasciste/daechien ; traitre vendu des Emirats ou de la Turquie, et j'en passe.
Pour ce qui est des islamistes, on connait maintenant leurs méthodes fourbes, mais ce qui étonne c'est le degré de « hooliganisme » des pro-Abir, un aveuglement poussé à l'extrême qui ne concède aucune voix dissonante, aucun avis contraire, pas la moindre critique, un jusqu'au-boutisme qui balaie toute raison et dégénère vers le pugilat et le dénigrement le plus vil. On se retrouve finalement avec les mêmes méthodes des deux côtés. Ceux qui se posent comme le véritable camp qui libérera la nation du joug des islamistes, leur ressemblent à s'y méprendre.
Vous direz que la fin justifie les moyens. Mais à quelle fin nous aspirons tous pour ce pays ' La stratégie choisie par Abir Moussi pour se positionner sur l'échiquier politique s'écarte clairement des règles du jeu démocratique. Elle a choisi de ne respecter aucune règle, telle un bulldozer, elle broie tout sur son passage et impose un seul axe : elle et uniquement elle contre les islamistes. Deux antagonistes possibles et pas de tierce voie. Toute critique à son égard, toute autre initiative ne pourra émaner donc que des inféodés aux islamistes, traitres et ennemis de la nation. Et c'est en cela que réside l'attrait idéologique de Abir Moussi. Toute personne qui abhorre les islamistes n'y résistera que difficilement. La menace qu'ils représentent pour la société tunisienne est réelle, Abir Moussi est arrivée à point nommé pour exacerber ces peurs à l'extrême et jouer sur une bipolarisation qui lui servira de tremplin.
Le malheur de la Tunisie réside en son élite démocrate et progressiste qui, mue par une guerre absurde des égos, n'a pas su se réorganiser, s'allier et présenter une troisième voie convaincante et viable. Au lieu de cela, nous assistons aux prémices d'un embrasement dont on ne connaitra les conséquences que trop tard.
Tout projet totalitaire se nourrit à ses débuts de la peur et de la division d'une société. Qu'il soit religieux ou « laïc », la finalité est la même : point de démocratie et la purification de tout ce qui ressemble à une opposition.
La haine engendre la haine, la violence engendre la violence. Peu importe celui qui a commencé, si on se laisse s'y entrainer, c'est à un cycle sans fin qu'on sera voués. Les ennemis intimes de la démocratie ne sont pas seulement ceux qu'on pense l'être, à moins que la tentation du totalitarisme ne soit plus attrayante, dans ce cas il serait inutile de poursuivre la discussion.
Posté Le : 19/03/2021
Posté par : infos-tunisie
Source : www.businessnews.com.tn