
C'est depuis février 2015 que les jihadistes tuent impunément musulmans et coptes à Syrte au vu et au su de la communauté internationale, sans que personne ne bouge le petit doigtDes événements graves liés à Daech sont en train de survenir à quelques centaines de kilomètres de la frontière tunisienne. Tout indique que le groupe terroriste s'installe, s'enracine et s'étend dans ce pays dont il fera son principal fief en Afrique du Nord, voire y installera sa nouvelle capitale.«Daech fait de la ville de Syrte sa capitale régionale et proclame une Wilaya dans sa région». C'est le porte-parole du ministère de l'Intérieur de la Libye, qui relève du Parlement de Tobrouk, Tarek Kharez, qui l'a annoncé dimanche dernier. Le porte-parole a également annoncé que l'organisation terroriste a ouvert les portes aux jihadistes étrangers dont le nombre a culminé après les derniers attentats de Paris.L'agence de presse libyenne Lana qui reprend des journaux italiens, «El Libero» et «Quotidiano Italiano», annonce que Baghdadi, le calife autoproclamé de l'EI, envisagerait de s'y replier, avec son état-major. Selon la Stampa Italienne, il n'est pas exclu en effet que Daech transfère la ville de Raqqa à Syrte.Dans la même dépêche, l'agence de presse énumère les avantages de la nouvelle capitale régionale des groupes radicalisés, la richesse pétrolière de son sous-sol, son emplacement proche des villes stratégiques de Benghazi et de Tripoli, et du Sud de l'Europe, à 500 km seulement. Le porte-parole annonce que les autorités détiennent des informations précises sur le nombre des «combattants» qui ont afflué d'Irak à travers la Méditerranée, à partir des zones frontières turques. Les dirigeants de Daech sont tous Irakiens.Rappel des faitsC'est depuis février 2015, que les jihadistes tuent impunément musulmans et coptes à Syrte au vu et au su de la communauté internationale, sans que personne ne bouge le petit doigt. Et c'est depuis juin que l'organisation terroriste affirme avoir «conquis » cette ville et pas n'importe laquelle.Syrte, là où Kadafi est né et a trouvé la mort, qui s'érige sur la côte méditerranéenne, dote l'organisation terroriste d'un accès sur la mer par le port et un accès aérien par la base Al-Qardabia, devenue depuis Aéroport international. Transformé en tête de pont pour toute l'Afrique du Nord ainsi que pour le Sahel africain, Syrte est désormais la destination de choix pour les jihadistes.C'est une très mauvaise nouvelle, s'accordent à dire les analystes des médias occidentaux. Toute la région est menacée : le Niger, le Mali, le Soudan, l'Egypte, l'Algérie. Chaque jour qui passe aidera l'organisation de l'état islamique à s'enraciner.Pour la Tunisie, c'est une autre histoire. C'est la configuration syro-irakienne en voie d'être dupliquée. Le pays se retrouvera inévitablement, dans la situation de la Jordanie, du Liban, de la Turquie, contraint d'accueillir les réfugiés par dizaines de milliers.Mais pas seulement, par l'existence d'un substrat cultivé indéniablement pendant les années Troïka, les jihadistes pensent avoir des délégués locaux inconditionnels prêts à tout, c'est-à-dire à actionner leurs ceintures d'explosifs à la réception de l'ordre. L'affaiblissement apparent ou supposé de l'Etat, aggravé en ce moment par les luttes intestines conforte cette perception.Les questions qui s'imposentLa Tunisie risque de devenir un couloir direct pour les terroristes européens, également algériens, marocains, subsahariens qui chercheront à rejoindre la Libye en passant par notre territoire.A-t-on pris la mesure de la gravité de la situation, alors que jusqu'à présent nous avions presque toujours une bataille en retard ' Le fait que Daech et ses filiales locales soient passés à l'action dans les zones urbaines confirme que notre pays est une cible prioritaire pour le groupe terroriste islamiste. Faut-il fermer les frontières, imposer le visa ' Le risque, sinon, c'est de se trouver avec 1 ou 2 millions de réfugiés, quelques tonnes d'armes lourdes et beaucoup de jihadistes infiltrés.Le mur dont la construction a été entamée sur une centaine de km, doit-il être prolongé et contourner la Tunisie tout au long du Sahara tunisien ' Le budget de l'armée et de la sécurité a-t-il été révisé ' Les pays amis et alliés ont-ils pris la mesure de la fragilité du cas tunisien ' «Ou bien tant pis pour eux, les Tunisiens représentent les dommages collatéraux pour une guerre planétaire» 'Il est un fait que la Tunisie a besoin de surveiller ses frontières, il est un fait que le pays a besoin de drones et d'aides logistique et militaire. La Tunisie est en guerre est un slogan répété machinalement partout. Or, en état de guerre, un peuple est solidaire et se serre la ceinture. Dans son discours, le président de la République a pris la mesure du danger, s'il ne faut s'arrêter que sur les points positifs. Celui qui est contre l'union sera contre la Tunisie. Et, dans un scénario catastrophe, c'est peut-être la guerre mondiale à nos portes. Ce n'est pas ou la peste ou le choléra, mais la peste et le choléra ensemble qui nous menacent. Jamais la survie de notre pays n'a été autant menacée.
Posté Le : 02/12/2015
Posté par : infos-tunisie
Source : www.lapresse.tn