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« La Tunisie foisonne de compétences féminines » Rencontre avec Houda Cherif, présidente du Connecting Group


Après un passage par la vie politique post-14 janvier 2011, Houda Cherif, enseignante et spécialiste en communication politique, cofondatrice d'Afek Tounès, a préféré rejoindre la société civile. Elle fonde en 2014, avec une équipe de femmes aussi dynamiques et engagées qu'elle, le Connecting Group, une association qui 'uvre pour une meilleure gouvernance du pays basée sur le partage équitable du pouvoir entre les hommes et les femmes. Nous l'avons rencontrée pour une interview-bilanLe Connecting Group vient s'ajouter aux dizaines d'associations féministes créées après la révolution. En quoi consiste sa différence par rapport aux autres associations 'Généralement, les associations féministes travaillent sur ce qui touche les femmes d'une façon générale : précarité, violence, législation...Or, avant même de fonder le Connecting Group, nous avons constaté à quel point la Tunisie foisonnait de compétences féminines, dans tous les domaines, de l'université, à la santé et de l'éducation à l'économie et à la politique. Des personnes qui ne sont pourtant pas présentes dans les postes de prise de décision. D'où notre décision en créant le CG d'aider ces femmes à sortir de l'ombre. Comment procéder ', s'est-on interrogées. Nous avons alors commencé à réfléchir à la manière d'introduire des formations destinées à booster leurs talents et à leur donner plus de confiance en elles. C'est comme cela que nous avons choisi d'installer nos premières séances de coaching au Parlement.Justement, vous avez organisé au cours de la saison parlementaire 2015-2016 plusieurs sessions de formation pour les députées de l'Assemblée des représentants du peuple (ARP). Quel était l'objectif final de cette initiative 'Nous avons intitulé cette formation qui a duré de septembre 2015 à février 2016 «Vers une présence efficace de la femme au sein de l'ARP». Elle est née également d'un diagnostic : l'image de la femme députée qui s'est dégagée de l'ANC à l'issue des élections de 2011 ne nous a pas semblé très valorisante. Les femmes n'étaient pas très à l'aise dans les fonctions qui leur revenaient. Ces observations nous ont donné l'idée de penser à outiller nos nouvelles élues dans la maîtrise des techniques de la rédaction des textes juridiques et dans les procédures de contrôle du gouvernement. Il était également nécessaire de booster les connaissances des unes et des autres dans le champ économique et de renforcer leurs capacités à communiquer aussi bien au sein du Parlement qu'en dehors de l'hémicycle, à savoir dans les médias. L'objectif étant de les outiller de connaissances et de savoir pour qu'elles participent d'une façon plus efficace à la vie parlementaire. Seize femmes de Nida, d'Ennahdha, d'Afek Tounès et d'autres petits partis ont été touchées pour notre formation. Elles en ont tiré un grand bénéfice, un effet certain sur leur travail quotidien et une consolidation de leurs relations mutuelles. En effet, le réseautage entre les femmes compte parmi les objectifs majeurs du Connecting Group.A votre avis, qu'est-ce qui manque aux femmes tunisiennes pour s'impliquer plus dans la vie publique et politique 'Deux choses : beaucoup plus de confiance en elles, beaucoup moins de tâches domestiques ! La formation des femmes députées a pris fin à la suite d'un voyage d'études des stagiaires en Finlande, un pays qui soutient les activités du Connecting Group. L'exemple de la Finlande est très édifiant à ce propos. Le pays compte 40 % de femmes au Parlement, 36% de femmes ministres. D'autre part, les Finlandaises ont, ces dernières années, occupé les postes de présidente de la République, de Premier ministre, de ministre de la Défense et d'autres portefeuilles régaliens. Actuellement, une femme dirige le parlement. En fait, leur secret réside dans une volonté générale de donner aux femmes toutes leurs chances pour monter en grade, y compris en décryptant tout ce qui entrave leur carrière et en ficelant des lois qui permettent de les décharger de la garde des enfants. Les communes font un travail fabuleux pour laisser les femmes libres de leurs mouvements et faciliter leur évolution professionnelle. Chez nous, par contre, une femme qui met un enfant au monde a tendance à voir sa carrière stagner.Quels sont les projets du CG pour les mois à venir 'Nous allons, à la rentrée, travailler avec les femmes cadres de l'administration publique pour les pousser encore plus haut dans la hiérarchie des divers ministères où elles s'activent. Les femmes étant fortement présentes dans les administrations tunisiennes, elles pourraient jouer, à notre avis, un rôle important dans l'amélioration du fonctionnement de l'appareil exécutif. Nous avons déjà mis en place un programme pour une vingtaine de femmes cadres travaillant aux ministères de la Culture, de l'Education, des Affaires étrangères, de la Femme et du Développement, de l'Investissement et de la Coopération internationale. Un programme basé sur la transparence, la lutte contre la corruption, la communication et le développement personnel, la lecture et la rédaction des textes juridiques et les techniques du plaidoyer. Nous voudrions également mettre en réseau les femmes députées et les femmes cadres de l'administration. C'est aussi en nouant des cercles de solidarité et de partenariat entre elles que les femmes peuvent arriver à partager le pouvoir avec les hommes !Nous fêtons aujourd'hui le 60e anniversaire du Code du statut personnel. Dans dix ans par exemple, serait-il possible d'envisager une femme présidente de la République pour la Tunisie 'C'est possible tout de suite si les circonstances le permettaient ! J'ai même une candidate à ce poste : le Professeur Faouzia Charfi, qui a tout pour remplir les fonctions d'un chef d'Etat. Le savoir, la sagesse et le sens du politique.
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