Tunis - A la une

La vraie bataille de libération nationale


Comme à chaque fois qu'il sent un isolement politique ou une diminution de sa popularité, le président de la République se réfugie dans une caserne ou au sein du ministère de l'Intérieur pour prononcer un discours prétendument sévère et ferme. Hier, le chef de l'Etat a effectué une visite non annoncée à la caserne de la Garde nationale de l'Aouina pour évoquer, a-t-il dit, un certain nombre d'affaires en cours et pour affirmer que, toujours selon lui, le peuple réclame la reddition de comptes.Comme il ne peut résister aux envolées lyriques, le président Kaïs Saïed a affirmé, à plusieurs reprises, que nous étions au c'ur d'une « bataille de libération nationale ». Empêtré dans la théorie du complot qui lui sert de justification de tous ses échecs, Kaïs Saïed estime que le pays pullule d'ennemis de la nation dont le seul souhait est de voir l'Etat tunisien s'effondrer. Evidemment, le preux chevalier sur son cheval blanc qui va défendre le pays et nous sauver des griffes des comploteurs est le président Kaïs Saïed. En plus, invoquer une bataille de libération nationale place Kaïs Saïed au niveau des grands hommes de la Tunisie, une place qu'il aimerait tellement avoir.

Sauf que la situation de la Tunisie nous ramène à l'amère réalité des choses. La « bataille de libération nationale », slogan creux s'il en faut, n'a pas à prendre pour cible des compatriotes opposants qui agacent le président de la République. Cette bataille pourrait effectivement avoir lieu, mais ce n'est pas l'affaire de la Garde nationale, de l'Armée ou de la police.
Pour qu'une nation fasse le premier pas vers sa libération, il faudrait qu'elle se débarrasse des contraintes pesant sur son approvisionnement en nourriture et en denrées essentielles. Le même président qui claironne l'idée de la libération nationale ratifie, à longueur de journée, des conventions de prêts pour assurer la nourriture des Tunisiens. En juin dernier, le conseil d'administration de la Banque Mondiale a débloqué d'urgence un prêt de 130 millions de dollars pour la Tunisie afin de financer l'achat de blé. Plus récemment, le chef de l'Etat a ratifié une convention de prêt de 200 millions d'euros, obtenu auprès de l'Agence française de développement, sous le titre pompeux de contribution au financement du programme d'appui aux réformes pour favoriser la résilience de l'économie tunisienne. Selon Mustapha Mezghani, ancien du ministère des Finances, la semoule et le blé que nous allons consommer durant le mois de ramadan ont été financés par la Banque africaine de développement. Il s'agit de 75 mille tonnes de blé réparties en trois cargaisons pour 33 millions de dollars et de 25 mille tonnes d'orge pour 10 millions de dollars.

Comment peut-on parler de « libération nationale » quand on se nourrit grâce à des prêts étrangers ' Dans l'esprit du président de la République, un Rached Ghannouchi ou un Ahmed Nejib Chebbi seraient plus dangereux pour le pays que le risque de banqueroute de l'Etat ou la dernière dégradation de la note souveraine par Moody's. Il s'agit d'ailleurs d'un sujet que Kaïs Saïed n'a pas du tout évoqué. Tout cela sans parler du dossier de la Tunisie auprès du Fonds monétaire international. L'obtention de ce prêt conditionne l'obtention des quelques 15 milliards de dinars de financement extérieur prévus par la loi de finances 2023. En ratifiant cette loi, le président de la République ne s'est-il pas douté que la souveraineté de la Tunisie pourrait être mise à mal '
Le président Kaïs Saïed a toujours été prompt à brandir ses slogans censés lui créer un actif et un bilan qu'il n'a pas. D'ailleurs, les réalisations sont tellement dérisoires que le président de la République et sa cheffe du gouvernement se sont félicités d'avoir respecté les dates annoncées par le chef de l'Etat lui-même. C'est dire s'ils n'ont rien trouvé à se mettre sous la dent. Toutefois, le risque est que ces slogans suscitent la colère de ceux qui les entendent quand ils sont témoins de certains événements.
Comment le président de la République peut-il parler de « bataille de libération nationale » pendant que des dizaines de nos compatriotes sont parqués en Italie dans des cages et drogués de force par les autorités ' Apparemment, son attachement à la souveraineté nationale et à l'indépendance de la Tunisie s'arrêtent aux limites du territoire tunisien. Kaïs Saïed n'a cure des jeunes tunisiens traités comme des chiens de l'autre côté de la Méditerranée, lui qui se dit soutenu par les jeunes. Le président de la République s'est même fait remonter les bretelles dans son propre palais par deux ministres italiens qui reprochent à la Tunisie de ne pas faire le boulot concernant la migration illégale. Le fanfaron que l'on a vu hier à la caserne de la Garde nationale parler de « bataille de libération nationale » s'était fait tout petit lors de cette rencontre.
Kaïs Saïed est un grand habitué des slogans et entretient, depuis son accession au pouvoir, une fiction sur les thèmes du combat, de la guerre et de la victoire. Pendant qu'il poursuit les moulins à vent, le pays est en train de sombrer en ce qui concerne le pouvoir d'achat, les finances publiques et les capacités d'approvisionnement. Tout cela ne semble pas perturber le président de la République, pour le plus grand mal de la Tunisie.
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