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Le projet de loi de la discordeMosquées


Le projet de loi de la discordeMosquées
Les articles sont on ne peut plus révélateurs de l'intention de ceux qui se cachent derrière les stipulations à l'énoncé volontiers généreuxLe projet de loi sur les mosquées est inquiétant, bien qu'encore au stade préliminaire des propositions. Ses promoteurs tentent de l'imposer à la sauvette. En marge et à l'insu du Dialogue national qui n'en finit pas de faire du surplace.Pourtant, il ne s'agit guère d'une mince affaire. En ces temps où certains esprits ont décrété la réislamisation à tour de bras, l'examen par le doute s'impose.Les articles du projet de loi sont on ne peut plus révélateurs de l'intention de ceux qui se cachent derrière les stipulations à l'énoncé volontiers généreux. L'épicentre de la cité gravitera désormais autour de la mosquée. Elle s'occupera de l'éducation des enfants, de l'annonce des mariages, des circoncisions, de la santé publique, de la régulation des rapports sociaux, etc. Le tout sur la base d'un vague impératif aux interprétations larges et généralistes : ordonner le convenable et interdire le blâmable. Soit le titre d'un ouvrage d'Ibn Taymiyya, théologien et jurisconsulte du XIIIe siècle, fervent fondamentaliste rigoriste et porte-drapeau de l'école hanbalite. Les procédés et ingrédients du wahhabisme sont en lice. Les femmes et les enfants, particulièrement vulnérables dans nos sociétés arabo-musulmanes, semblent être la cible privilégiée des nouveaux maîtres du jeu social via les mosquées.En fait, le non-dit des initiateurs de ce projet de loi interpellent. Pour s'aviser de ré-islamiser, il aura fallu, au préalable, diagnostiquer la faiblesse chronique, sinon l'absence totale, de l'Islam sous nos cieux. Ce qui est complètement faux. Tout au plus une chimère obsessionnelle de néo-convertis. Ils ne le disent pas ouvertement, mais ils y souscrivent en catimini. En d'autres termes, une économie psychique de takfirisme (excommunication) préside à ce projet. Il faut considérer les autres comme des faibles côté foi, sinon carrémment des apostats pour prétendre les réislamiser.Et puis pourquoi l'Assemblée constituante, dont la vocation essentielle consiste à élaborer la nouvelle Constitution, est-elle saisie de ce nouveau projet de loi ' Quelles urgences motivent cette loi, ici et maintenant ' Rappelons au passage que la Tunisie compte cinq mille mosquées, dont quatre mille ont été édifiées après l'Indépendance, c'est-à-dire depuis 1956. Quelques centaines d'entre elles sont encore accaparées par des groupuscules salafistes prônant les prêches de la haine.Fins électoralistesIl n'est guère exclu, par ailleurs, que les motivations secrètes de cette loi soient à des fins électoralistes. Certains fondamentalistes prônent ouvertement que les mosquées se transforment en lieux de propagande et de harangue, à défaut d'une mainmise totale et intégrale sur les médias.En tout état de cause, les observateurs relèvent que le projet du budget du ministère des Affaires religieuses pour 2014 a étrangement et considérablement augmenté. Au point où l'on se demande s'il ne s'agit pas, désormais, d'un hyper-ministère de souveraineté. La conjonction du nouveau budget avec le projet de loi sur les mosquées est trop évidente pour être fortuite.Dans chaque projet de loi, l'exposé des motifs éclaire sur l'intention du législateur. En l'occurrence, les articles de la nouvelle loi laissent pantois et autorisent les interrogations et les appréhensions les plus justifiées.L'on s'interroge aussi pour savoir si la spécificité du moment légitime tel projet de loi. Pourquoi un gouvernement démissionnaire favorise-t-il un tel projet de loi dans les temps additionnels au risque de semer la discorde 'Ces questions ' d'intérêt national ' sont assez sérieuses pour les laisser à la merci des improvisations et des conjectures. Elles sont supposées relever précisément des créneaux fondamentaux du pacte national. Les segmentations partisanes ne sauraient entamer le socle commun. D'où la nécessité d'un consensus national sur fond d'un débat clair sur le statut et le rôle des mosquées. Celles-ci doivent unifier et non diviser. Apaiser les c'urs et les esprits et non susciter la discorde.
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