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«On vivra peut-être une Movida à l'espagnole»Entretien avec Hichem Ayouch


«On vivra peut-être une Movida à l'espagnole»Entretien avec Hichem Ayouch
Hichem Yaouch est le petit frère de Nabil Ayouch (réalisateur du film Ali Zaoua), mais pas seulement. Journaliste et cinéaste, il signe avec son deuxième long métrage Fièvres, une fiction poignante sur la relation père-fils. Il était parmi nous pendant les JCC et il nous a accordé cet entretienVotre film Fièvres n'a pas laissé le public tunisien indifférent...Ça m'a fait très plaisir de voir certaines personnes qui sont venues me voir après le film et qui étaient très émues. C'est pour eux que je fais des films et c'est la plus belle des récompenses...Comment avez-vous fait le casting de cet enfant qui interprète le rôle de Benjamin et qui porte avec brio tout le film 'C'était tout simplement un casting sauvage ! C'est un enfant qui n'a jamais joué auparavant. Car j'ai casté beaucoup d'enfants dans la région Île de France et un jour, une amie m'a parlé de lui; il habitait en bas de chez elle. Je suis allé le rencontrer et il a été magnifique. C'est vrai qu'il a un rôle pas évident, un rôle très dur au niveau émotionnel mais il a su être généreux et professionnel.Vous venez du journalisme et du documentaire; en quoi cela vous a-t-il aidé à réussir vos fictions 'Le journalisme est l'école du réel, et il m'a permis d'avoir une facilité de contact avec les gens. Et quand on fait ce métier, on est parfois obligé d'aller chercher tout au fond de l'être humain. Le journalisme documentaire m'a permis d'avoir cette approche du réel et de l'humain qui m'a aidé à la construction des fictions.Dans les pays du Maghreb, on est habitué à parler plutôt du rapport mère-fils ; les rapports père-fils sont rarement traités avec cette profondeur...J'ai parlé du rapport père-fils parce que c'est quelque chose qui me touche déjà personnellement. En fait, j'ai grandi avec ma mère et mon frère en France et mon père habitait au Maroc. Ce qui fait que c'est quelque chose qui me touche dans mon être et dans ma chair. J'avais besoin de faire sortir tout cela sans pour autant procéder à un règlement de compte ...Pensez-vous que nos sociétés arabo-musulmanes évolueront mieux si elles se débarrassent de ce conflit parfois tabou avec l'image du père 'Dans nos pays arabo-judéo-afro-amazigho-arabes, il y a effectivement un problème par rapport au «nous». Il y a un développement quelque part qui n'a pas été fait, parce qu'il y a le poids des traditions qui pèsent lourd. C'est aussi un point positif quand on voit le rapport entre les êtres humains qui sont distants et parfois disloqués en Occident, on peut dire qu'il y a quelque chose à préserver. Mais à un certain moment, il faut trouver un équilibre entre le rapport à la famille et le développement de soi ; parce qu'on ne peut pas penser seulement avec le «nous». Une société qui ne pense qu'avec le «nous» est une société qui ne pense pas. Il faut qu'à l'intérieur de ce sentiment d'appartenir à un groupe il y ait un individu qui ait sa propre pensée. Effectivement, il faut qu'on ouvre cette dimension dans nos sociétés.Est-ce que vous pensez que le printemps arabe a été un déclencheur de créativité sur le plan culturel dans nos pays 'Au-delà des changements des régimes, la chose la plus importante pour moi est la libération de la parole. C'est quelque chose de fondamental et qui ne concerne pas uniquement le cinéma, mais tous les citoyens de nos pays. Peut-être qu'on va vivre une «movida» sur le plan culturel un peu comme en Espagne. C'est peut-être un fantasme ! Mais il est un peu trop tôt pour moi de me prononcer sur la production artistique qui va venir. Cela dit, on a encore des progrès à faire en termes de liberté de conscience par rapport à la religion également. C'est quelque chose d'essentiel dans le monde arabe. Quand une cocotte explose, il ne peut pas y a avoir quelque chose de miraculeux qui va venir tout de suite. Il va falloir construire au fil du temps. Il y a eu beaucoup de films sur les révolutions et le printemps arabe. Ils ne sont pas tous intéressants mais ce sont des films qui avaient besoin de se faire. Dans les années à venir, il y aura quelque chose de plus intéressant et de plus profond qui va surgir.Optimiste pour l'avenir de nos cinémas 'C'est encore très tôt pour se prononcer. Vous voyez par exemple le cinéma iranien qui est très bon dans un pays qui est beaucoup plus répressif que nos pays et où tout est très contradictoire et très paradoxal. Donc les pays où il y a le plus de liberté ne sont pas forcément les pays où il y a le meilleur cinéma.
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