Le plus grand absent des débats économiques qui ont occupé les plateaux et les débats publics est certainement « la productivité ». Une notion qui semble oubliée du lexique de plusieurs analystes. Pourtant l'amélioration de la productivité doit être au milieu de toutes les stratégies et les plans de relance. La pandémie est venue enfoncer un clou dans le cercueil de la productivité en Tunisie et ailleurs dans le monde. La Tunisie qui baigne depuis 2011 dans une crise économique grave qui atteint son summum en 2020, enregistre une baisse drastique du facteur productivité à tous les niveaux. Cette baisse de la productivité engendre aussi une cherté de la vie vu la corrélation entre revenus et pouvoir d'achat. La question de la productivité demeure aussi le point essentiel du dialogue de sourd engagé entre la centrale syndicale et le patronat.
Travailler sur les 3 piliers de la productivité :
La productivité est définie « comme le rapport, en volume, entre une production et les ressources mises en 'uvre pour l'obtenir » (INSEE- France). On retrouve aussi la productivité du travail définie par HEC Montréal comme « l'efficacité avec laquelle les travailleurs transforment leur effort en production. Celle-ci est calculée à partir du ratio entre la production totale et la quantité de travail nécessaire pour la produire.
Il existe plusieurs déterminants de la productivité qui sont principalement le capital technologique, le capital humain et le travail. Pour améliorer la productivité il est important de travailler sur ces trois déterminants ensemble.
Partant de cette définition et de ce constat, notre pays semble avoir un grand chemin à faire pour espérer améliorer la productivité de ces entreprises et par conséquent la compétitivité du pays.
Les clignotants de la productivité au rouge :
La Tunisie souffre depuis des années d'un grand problème de productivité. Selon les chiffres de l'ITCEQ, la période 2010-2020 a été la plus catastrophique en matière de baisse de productivité.
* La productivité du travail a baissé de -0.4%sur la période 2016-2020, alors qu'elle n'a augmenté que de 0.8% sur la période 2011-2015
* La productivité du capital a chuté de -1.8% sur la période 2016-2020, suivant la tendance amorcée entre 2011-2015 baissant de -1.5%,
* La productivité Totale des Facteurs a chuté de -1% sur la période 2016-2020,
* La contribution du facteur travail à la croissance économique a baissé de -19.9% sur la période 2016-2020,
* La contribution du facteur capital dans la croissance a chuté de -251% sur la période 2016-2020.
Il est important de signaler que la baisse de la productivité affecte considérablement la compétitivité de l'entreprise puisqu'elle augmente les charges et réduits les profits. Cette situation engendre automatiquement une hausse des prix afin de couvrir la baisse de la productivité.
L'augmentation des salaires ne peut être considérée comme une solution optimale pour améliorer la productivité. L'expérience tunisienne depuis des années, a montré qu'une hausse des salaires en l'absence de productivité engendre systématiquement une hausse de l'inflation et par conséquent une baisse du pouvoir d'achat des travailleurs.
Le constat est amer au sein de l'administration tunisienne ou les entreprises privées puisqu'on assiste de plus en plus à une indiscipline flagrante et qui est couverte par une impunité et un désordre accablant.
Selon un sondage d'opinion réalisé par une site de recrutement, « les travailleurs enquêtés avancent que la possibilité d'une formation dans le métier et la reconnaissance d'un effort dans le travail constituent un moyen d'améliorer le rendement » Selon la même enquête « 42 % des dirigeants d'entreprises sondés adoptent les techniques de formation du personnel, tandis que 23 % d'entre eux améliorent le local du travail pour motiver les travailleurs et 15 % révisent les avantages sociaux ».
Les enquêtes confirment aussi que la baisse de la productivité n'est pas entièrement liée aux salaires, mais à d'autres facteurs plus profonds et en relation directe avec la gestion de l'entreprise. En effet, « plus de 30 % des travailleurs enquêtés pensent que l'absence de motivation freine leur productivité mais plus de 20 % d'entre eux mettent également ce manque de rendement sur l'absence de communication dans l'entreprise. 18 % trouvent que l'absence de la participation aux prises de décisions constitue aussi un blocage à l'amélioration de la productivité. 12 % mettent également ce manque de rendement sur le compte d'une incompatibilité entre la profession et leur vie personnelle ».
L''uf ou la poule :
Durant les négociations salariales entre la centrale syndicale et le patronat, la question de la productivité revient toujours. C'est toujours le dialogue de sourd, ou une recherche infinie de savoir l''uf ou la poule est créée en premier. Le patronat exige de lier les augmentations salariales à l'amélioration de la productivité, de l'autre côté, les syndicalistes lient l'amélioration de la productivité à l'amélioration des conditions de travail.
Selon l'article 49 de la Convention collective cadre, « Les travailleurs ainsi que les représentants des organisations syndicales sont tenus d'apporter leur concours à l'amélioration de la productivité de l'entreprise.
Afin d'encourager les travailleurs à contribuer à l'amélioration de la productivité de l'entreprise, une prime de productivité pourra leur être attribuée sur la base des normes de production définies pour chaque branche d'activité ou pour chaque entreprise ».
C'est ainsi que l'effort doit être réalisé de la part des deux parties. L'autre élément est aussi la nécessité de récompenser l'effort au travail. Ces deux logiques doivent être en symbiose pour espérer améliorer la compétitivité de l'économie tunisienne. Une compétitivité qui est en perte de vitesse, puisque la Tunisie est classée à la 87ème place selon le rapport du Forum de Davos. Il est à rappeler que le classement de la Tunisie était à la 32ème place en 2010, et depuis une grande descente en enfer.
La question de la productivité est un sujet neutre, c'est-à-dire qui ne revêt pas une connotation politique, et peut certainement être traitée loin des querelles politiciennes, et avec différends partenaires. Lancer le débat sur ce sujet est une priorité et un challenge.
S.R
Posté Le : 18/03/2021
Posté par : infos-tunisie
Source : www.tunisie-news.com