
AfricanManagerLe président de la CONNECT a accordé à Africanmanager une interview exclusive où il est question du climat des affaires actuel après les élections législatives, de la situation économique et de défis auxquels la Tunisie fait face. Interview :Qu'est ce que vous pensez du climat des affaires en Tunisie après les élections législatives'Depuis 2011, le climat des affaires en Tunisie souffrait d'un handicap majeur, celui de l'absence de visibilité, de politiques et de stratégies économiques claires.Pis encore, les questions d'ordre économique ont été reléguées au second plan. Les considérations d'ordre strictement politique et électoral l'ont souvent emporté aux dépens des vraies priorités des Tunisiens, de leurs attentes et leurs aspirations à un niveau de vie meilleur, à l'emploi et à un développement inclusif, durable et équitable au profit de toutes les régions et l'ensemble des catégories sociales.Si ce phénomène trouve une certaine explication du fait que le pays s'est engagé dans un processus de transition et que les instances mises en place et les six gouvernements qu' a connus le pays sur trois ans avaient un caractère provisoire, la situation s'est encore aggravée du fait des perturbations et des arrêts de travail souvent incontrôlés qui ont touché un grand nombre d'entreprises et même des services stratégiques à l'instar des ports et de certains services indispensables pour toute transaction avec l'extérieur.L'émergence d'autres fléaux menaçants à l'instar de l'économie parallèle, la contrebande et surtout les problèmes de sécurité et de terrorisme ont rendu encore la situation plus complexe surtout sur les plans politique et économique.Dès lors, l'on comprend parfaitement les raisons de fermeture de certaines entreprises, du départ d'autres vers des destinations concurrentes et de l'attentisme observé par les investisseurs tunisiens et étrangers malgré l'existence d'opportunités intéressantes et de besoins urgents d'investissements au niveau notamment régional.Ce qui inquiète le plus, c'est que le pays se trouve à sa quatrième année successive d'attentisme ! Imaginez un peu le volume des opportunités ratées, les occasions perdues de création d'emplois, les pertes de position sur les marchés extérieurs, la déstructuration de certains secteurs, le laxisme au niveau des comportements etc.'Je considère personnellement que cela a été la grande capacité d'adaptation dont ont fait preuve les entreprises tunisiennes et l'ingéniosité de leurs dirigeants à trouver les solutions adéquates pour faire face à ces multiples défis. Les conséquences sur notre économie et nos acquis, réalisés au prix d'énormes efforts collectifs consentis pendant des décennies, auraient pu être encore plus graves !Tous les Tunisiens ont fait des sacrifices et ont payé cher cette longue période d'attentisme surtout au niveau du coût de la vie, des investissements, des équilibres économiques et financiers des entreprises, de l'emploi, du développement régional et même des lourdes pertes de vies humaines qui ont touché des soldats et des éléments des forces de l'ordre.La réussite des élections législatives organisées ces derniers jours constitue indéniablement et pour tous les Tunisiens un fait marquant d'une importance capitale pour l'avenir du pays.C'est un soulagement, un tournant historique et un point de départ stratégique pour asseoir les nouvelles bases d'une relance économique rapide et solide.La perception et les tendances sont certes positives. Dans la pratique, le climat des affaires dépendra toutefois des premiers messages du nouveau Gouvernement, des choix et des réformes qu'il introduirait, de sa capacité à restaurer l'autorité de l'Etat, la valeur du travail et à mobiliser toutes les parties autour d'un programme national de redressement et de relance du développement.Et la situation économique actuelle du pays'Dans le domaine économique, il n'y a pas de miracles ou de baguette magique. La situation économique est très difficile. Elle est même inquiétante. Les milieux des affaires et les experts sont unanimes sur cette question. Il suffit de revenir au dernier rapport de la Banque Centrale pour se rendre compte de la réalité de la situation de notre économie et des perspectives d'avenir.Les élections en elles-mêmes ne peuvent constituer la solution miracle ! Elles offrent par contre un cadre adéquat pour engager rapidement les réformes et prendre les mesures qui s'imposent.Quels sont les grands défis auxquels la Tunisie doit faire face'Les défis sont multiples, lourds et se posent souvent avec une grande acuité ! Ils concernent la sécurité, la lutte contre l'informel, la contrebande et l'évasion fiscale, l'introduction rapide des réformes dans tous les domaines de l'investissement, du financement, de la fiscalité, les procédures administratives, la décentralisation, la reconquête de nos marchés extérieurs et de notre position en tant que site privilégié pour les investissements étrangers, la reprise de la cadence normale de travail et de production notamment dans le secteur des phosphates et dérivés, l'amélioration du climat social et de la productivité'Vos voyez bien l'ampleur et la diversité des défis !Sans la restauration rapide de l'autorité de l'Etat et de la valeur du travail et l'adoption d'une approche basée sur la concertation et le dialogue avec toutes les parties sans exclusion ni marginalisation, nous ne pouvons en aucun cas y faire face.C'est mon message personnel et pressant pour le nouveau Gouvernement, toutes les parties concernées et l'ensemble des Tunisiens.La réussite des élections nous a offert une opportunité historique nous n'avons nullement le droit de rater. Nous devons tous être à la hauteur des attentes de notre grand peuple, de nos enfants et de nos générations futures.Plusieurs chefs d'entreprises s'offusquent aujourd'hui de la faiblesse de la productivité et la négligence de la valeur du travail, qu'est ce que vous pensez'Effectivement. C'est un défi qui nous est imposé par la nature de la concurrence sur tous les marchés du monde entier.Les marchés et donc les opportunités de travail et de développement appartiennent aux plus performants, à ceux qui ont travaillent mieux et qui réalisent des niveaux de productivité compétitifs.Nous devons tous réaliser que la compétition n'est pas d'ordre interne ! C'est nous tous, Gouvernement, Administration, Chefs d'Entreprises et Employés qui nous nous trouvons ensemble face à ce défi. Nos intérêts réciproques et l'intérêt stratégique de notre pays nous imposent de relever ce défi ! C'est la vraie bataille !Nous sommes tous appelés à changer de comportement et à adopter d'autres attitudes responsables et citoyennes.C'est la vision de la CONECT en tant que Centrale Patronale d'Entreprises Citoyennes dont la responsabilité ne peut être de nos jours limitée au seul volet économique mais doit englober aussi l'aspect social et sociétal pour que l'entreprise soit totalement intégrée dans son environnement.
Posté Le : 09/11/2014
Posté par : infos-tunisie
Source : www.africanmanager.com