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Tunisie : Chahed sonne le glas du cartel de la corruption. Ira-t-il jusqu'au bout '


Honni, vilipendé et même humilié par la foule pas plus tard qu'il y a quelques semaines, Youssef Chahed a réussi la rare prouesse de s'offrir au quart de tour le plébiscite des Tunisiens qui l'ont porté sur les fonts baptismaux pour avoir décréter la guerre contre la corruption, un empire sous la coupe d'une guilde de caïds achetant et vendant biens, services, politiciens, hauts fonctionnaires et banals plumitifs comme ceux des douanes. Du coup, on ne jure que par son nom, y voyant l'homme providentiel par qui le salut arrive et auquel on devra enfin les premiers commencements dans les faits de cette croisade contre la baronnie de la corruption, de la concussion et des trafics juteux auxquels les gros bonnets se livrent au grand jour, et jusque-là dans l'impunité totale, échappant au couperet de la justice et de l'incarcération.Chahed l'a promis, il est en train de le faire. On se remémore la sortie de ce jeune chef du gouvernement alors qu'il sollicitait l'investiture du Parlement et qui décrétait que « des têtes vont tomber » et que « les corrompus vont être jetés en prison ». Des propos qui ont été accueillis au mieux par un haussement d'épaule, au pire par des sarcasmes dont nombre de ses détracteurs ont fait leurs choux gras, sans doute persuadés qu'en cela, il n'y a pas loin du Capitole à la roche tarpéienne. On ignore comment le chef d'un gouvernement que l'on voyait affaibli, lâché par les siens, privé du moindre soutien , décrié de partout et sur tous les tons, a pris son courage à deux mains et osé s'attaquer au pire ogre que la Tunisie ait eu à affronter depuis la Révolution, en parfaite égalité avec le terrorisme. C'est de la témérité pure, une aventure trop risquée au regard de la solide implantation territoriale, politique et médiatique de ce cartel qui a les allures d'un anti-Etat, pourvu de puissants moyens et d'une infrastructure huilée, presqu'à toute épreuve.
Le coup de pouce du « repenti » Imed Trabelsi !
On pourrait peut-être penser que Youssef Chahed a été servi par les révélations du « repenti » Imed Trabelsi qui a dévoilé, à coups de noms, de pratiques rigoureusement mafieuses et d'une scandaleuse connivence prébendée de la haute administration et même de ministres, la mécanique de la corruption dans le pays, avant le 14 janvier 2011, et surtout après. Des déclarations qui ont mis le feu aux poudres alors qu'était discuté en commission au parlement un projet de loi que bien des politiciens soupçonnaient de blanchir des cadres indélicats du service public. Se taire face à ce déballage serait revenu à prendre acte d'une extrême déliquescence de l'Etat dont on apercevait de nouveaux symptômes affligeants à Tataouine. Ce fut le moment où il fallait frapper. Et Chahed a été prompt à le faire, et les Tunisiens ont vite fait de se ranger massivement derrière lui. Ils n'ont pas été les seuls, ayant été rejoints par les plus coriaces et intraitables opposants au gouvernement sauf quelques irréductibles qui ont pris le parti de jouer la partition des violations des droits de l'homme et de la présomption d'innocence pour flétrir la vague d'interpellations ayant frappé les barons de la corruption, plus est, sur la base du décret relatif à l'état d'urgence, qui exclut soigneusement l'autorité judiciaire.
Chahed ira-t-il au bout de sa logique ' Il l'a clamé haut et fort et peu de raisons plaident pour le contraire, étant soutenu par le peuple qui célèbre son tour de force à hauteur de 91,7%, selon l'institut de sondage Sigma. C'est le gage que le chef du gouvernement est outillé pour aller de l'avant, terminer le travail et ne pas risquer de s'essouffler pour une raison ou une autre, particulièrement un « sursaut » des caïds et de leurs soutiens terrés dans un maquis improvisé et se déployant même au sein de l'Etat, et sa puissante institution, la Représentation nationale.
Un dogme d'Etat
A l'évidence, c'est à l'enseigne d'une opération « mains propres » couleur locale, que la croisade de Chahed pourra aboutir et tenir ses promesses. Un chantier qui requiert, d'abord, une implacable vision juridique adossée à une législation faite de textes de loi et de diapositifs exécutifs pertinents et conformes à la loi. Cela doit vouloir dire dans l'immédiat que le texte sur l'enrichissement illicite doit être adopté et avoir force de loi avant même les vacances parlementaires si jamais elles avaient lieu. Surtout, c'est tout le recueil des procédures pénales qui doit être revu de fond en comble, pour donner au juges du Parquet tous les moyens d'expédier les affaires dont ils sont saisis sans avoir à s'agglutiner dans les moyens de droit présentement disponibles pour permettre aux suspects et à leurs avocats de s'en donner à c'ur joie à tous les recours, les récusations et les oppositions aux ordonnances des magistrats instructeurs, que ce soit auprès de la chambre de mises en accusation ou des cours d'appel ou encore la cour de cassation avec ce bal de va-et-vient auquel donnent lieu ces recours. Il y a encore cette question de la prescription des faits de corruption. D'autant que l'on n'est pas en présence de crimes et délits ordinaires, car portant atteinte à la sécurité de l'Etat et à ses caisses. Avec des infractions douanières, fiscales et d'autres de comparable gravité, la corruption doit être regardé comme systémique, donc donnant lieu à un traitement juridique et judiciaire correspondant.
Cela doit signifier aussi que la guerre contre la corruption ne peut en aucun cas gérée comme une simple péripétie judiciaire, mais élevée au rang de dogme d'Etat, avec sa permanence, son opposabilité et sa vocation en tant qu'exercice fermement dédié à la prédation des ressources de la communauté nationale.
Cela veut dire enfin que cette idée éminemment vertueuse de purger le pays de son état de corruption très avancé doit créer une dynamique aussi mobilisatrice que nécessaire, se projetant dans l'avenir grâce à des mécanismes pérennes et puissamment mis en 'uvre par tous les compartiments de la puissance publique sous la houlette d'un gouvernement déterminé, ayant la main leste contre toute résurgence de ce fléau sous toutes ses formes.
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