
Nul doute que l'heure n'est pas au bilan, le gouvernement, remanié entretemps, n'a pas encore donné la pleine mesure de son action et de son talent, si action et talent il y a, même s'il ne brille pas par sa vision, sa stratégie ou sa communication. Dresser un bilan à mi-parcours (après deux ans et demi) serait plus objectif et plus juste. Cependant, à ce stade forcément plutôt prématuré, juste un point à soulever, et non des moindres, à savoir, la culture dans le programme économique et social dont Nida Tounes a fait son cheval de bataille lors de la campagne électorale. Des promesses de redorer le blason de la culture à longueur de journée. A ce jour, et à part le changement du ministre en charge, rien n'a changé, le statu-quo sur toute la ligne.Jusqu'ici, aucune charrue gouvernementale n'est venue labourer le champ culturel, la terre reste en friche, infestée d'herbes sauvages et de bestioles, sans compter le manque d'eau, d'équipement, de personnel et d'engagement.Le coup de fouet promis au secteur tarde jusqu'à présent à être donne, au grand dam des puristes et des professionnels. Les lignes de la culture n'ont guère bougé. Prenons ne serait-ce qu'un seul domaine, le cinéma et examinons dans quelle mesure les promesses ont été concrétisées, tout en gardant toujours à l'esprit que les promesses n'engagent que ceux qui y croient.Dans son programme économique et social, Nida Tounes a fait la part belle au cinéma, notamment au niveau des infrastructures, braillant, haut et fort, à qui veut bien lui prêter une oreille attentive qu'il s'engage à construire 100 salles de cinéma au bout de son mandat gouvernemental de cinq ans. Par simple calcul, au terme de l'année 2015, 20 salles de projection sont censées être d'ores et déjà édifiées et venir ainsi enrichir la maigre sinon l'indigente infrastructure cinématographique nationale. Cela va sans dire (et ça ira mieux en le disant) que, pour le gouvernement, l'héritage est lourd et l'effort sera immanquablement important pour remonter la pente, renverser la tendance de la paupérisation croissante qu'enregistre le parc des salles de cinéma en Tunisie. Mais ce n'est pas le propos, il s'agit là de faire le point sur le ferme engagement de Nida Tounes à ce sujet.A ce jour, aucune salle n'a été bâtie. Bien sûr certains diraient que ce n'est pas la priorité, compte tenu de la crise économique et de la menace de faillite que connait l'Etat. La parade est simple, Nida Tounes a mené sa campagne électorale en connaissance de cause et le gouvernement sait à quoi s'en tenir dès le départ. A certains égards, la situation économique en 2014 était pire que celle de 2015. Donc, l'argument ne tient pas la route. Il serait de l'ordre du miracle qu'en fin de mandat, soit fin 2019, le gouvernement aura honoré son engagement et construit 100 salles. Auquel cas, chapeau bas !Outre celles fermées ou tombées en ruine, nombreuses salles ont entamé une nouvelle vie et une toute autre carrière, en changeant de fonction et de clientèle dès lors qu'elles ont muté, pour la bonne cause, pour devenir des lieux de gastronomie ou de shopping ou bien de spectacle autre que le cinéma.Des explications tout aussi bien objectives que subjectives pourraient être avancées pour comprendre l'hémorragie des salles et la désaffection du public, mais là aussi ce n'est pas le propos. Entre l'année 1975 et l'année 2015, soit 40 années, le nombre de salle est réduit en peau de chagrin, passant de 120 à 15, un vrai cache-misère. Enorme !! Et le chiffre de 2015 reste à confirmer dans la mesure où personne ne connait exactement le nombre actuel des salles fonctionnelles et dédiées au cinéma. Le site Internet du Ministère de la Culture et de la Préservation du Patrimoine est d'une insolente pauvreté. Aucune statistique, aucun point de la situation, aucun rapport factuel à se mettre sous la dent. D'ailleurs, les conflits entre le Ministère et les artistes (cinéma, théâtre, musique...) au sujet des subventions n'ont cessé de croitre, même des plaintes à la justice ont été déposées.En résumé, malgré ses engagements, le gouvernement de Nida Tounes ne semble pas accorder à la culture l'intérêt que ce secteur mérite, outre que le quota annuel de construction de salles de cinéma n'est pas honoré. Le projet de 100 salles en cinq ans risque d'être un v'u pieu sinon un écran de fumée.
Posté Le : 20/01/2016
Posté par : infos-tunisie
Source : www.tunisienumerique.com