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Tunisie-Tourisme : Après le coup de massue, le rebond, mais le modèle est encore désuet, selon le New York Times


Les flux des touristes algériens et russes ont atteint un niveau record en 2016, contribuant à sauver les hôtels balnéaires de la Tunisie d'un deuxième été abyssal. Les Européens de l'Ouest ont continué, dans leur majorité, de tourner le dos à la Tunisie suite de deux massacres de touristes en 2015. Mais maintenant, les signes se font pertinents qu'ils sont de retour, ce qui donne à espérer que l'industrie du tourisme, mise à mal, pourra se remettre sur pied, cette année, selon le New York Times (NYT).Les tour-opérateurs majeurs Thomas Cook et TUI évoquent un net rebond des réservations à partir de la France et de l'Allemagne, traditionnellement les plus grands marchés européens émetteurs vers la Tunisie. Certains hôtels, comme le Golden Tulip Carthage, disent qu'ils accueillent autant de visiteurs qu'avant 2011, année où la Révolution avait éclaté en Tunisie, berceau du Printemps arabe. Et les responsables du tourisme, citant les strictes mesures de sécurité en vigueur et l'absence d'attaques terroristes contre des touristes au cours des deux dernières années, relèvent que le nombre d'arrivées de touristes étrangers a fait un bond de plus d'un tiers au cours des quatre premiers mois de cette année.
Il n'en demeure pas moins, ajoute le NYT, que le nombre total de touristes étrangers visitant ce pays, carrefour des cultures arabes, africaines et européennes, et abritant une éblouissante collection de ruines romaines, reste bien inférieur à celui des années fastes avant la révolution: 4.5 millions l'année dernière, contre 6,9 millions en 2010. Alors que le tourisme reprenait en 2013 et 2014, deux attentas, celui du Musée national du Bardo et celui de Sousse, ont stoppé net cette éclaircie. La Grande-Bretagne a décrété une interdiction de voyage pour ses ressortissants dans tout le pays, une mesure toujours en vigueur, alors que, dans une moindre mesure, un certain nombre de pays dont les Etats-Unis déconseillent tout déplacement dans certaines régions de la Tunisie, comme celle du Sud-est limitrophe de la Libye.
Les Européens, mais aussi les Chinois
« Ce fut un coup de massue », a déclaré le propriétaire d'une agence tunisienne de voyages spécialisée dans l'organisation de visites culturelles pour les touristes occidentaux et japonais. Alors que d'autres opérateurs ont cessé leurs activités, il a mis le cap sur les clients locaux et les entreprises, une activité plongée dans le marasme jusqu'à la fin de l'été dernier, quand les Chinois ont commencé à venir à raison de groupes de 20 à 30 touristes par semaine pour des visites de villes comme Douz, aux confins du Sahara dans le Sud-ouest, et Kairouan, qui abrite l'une des plus saintes mosquées de l'islam, dans le Centre-nord.
A l'heure actuelle, son chiffre d'affaires représente environ la moitié de ce qu'il était avant la révolution. Mais comme beaucoup d'autres dans le secteur, il sait que le pays sera aux prises non seulement avec ses propres problèmes politiques et économiques et à la persistance de l'agitation au Moyen-Orient, mais aussi avec le chaos et la violence en la Libye voisine, où Daech continue de défendre ce qui reste de ses bastions. « Le tourisme ne se rétablira pas très bientôt en Tunisie... jusqu'au retour du calme en Libye », prévoit-il.
Entre-temps, le secteur s'efforce de remédier à ce que les hôteliers, les tour-opérateurs et les responsables du tourisme anciens et actuels, reconnaissent comme étant un modèle désuet: la commercialisation de la Tunisie depuis des décennies presque exclusivement comme une destination bon marché, essentiellement balnéaire , une destination de vacances à forfaits. Ils ont négligé les sites culturels, manqué la révolution numérique et d'autres sources largement ignorées de pays comme ceux de l'Europe de l'Est, de l'Asie et du Moyen-Orient. Après une dizaine d'années, ils en sont encore à débattre de l'opportunité d'ouvrir la Tunisie au low-cost et aux transporteurs tels que Ryanair.
La sécurité, mère de toutes les priorités
La première priorité était la sécurité. Maintenant, les policiers en uniforme noir avec des fusils d'assaut sont en poste sous de grands parasols aux ronds-points des stations balnéaires et dans des véhicules blindés comme à l'avenue Habib Bourguiba de la capitale Tunis.
Avant 2015, les hôtels en Tunisie n'avaient pratiquement aucune sécurité. Maintenant, ils vérifient avec minutie tous les compartiments des véhicules, et les hôtels haut de gamme sont dotés de détecteurs de métaux. La police surveille également les itinéraires de touristes en visite dans les sites historiques comme les ruines romaines de la ville antique de Dougga au sommet de la montagne.
Les responsables du tourisme ont créé de nouveaux sites et plateformes sur Twitter et Instagram et commercialisent la Tunisie dans des pays comme l'Algérie et la Russie, ainsi qu'en Belgique, qui assoupli l'interdiction Voyage ce printemps. Les efforts pour attirer les Russes ont été particulièrement fructueux, leurs flux sont passés du simple au décuple l'année dernière pour atteindre 623.000 touriste.
Au printemps dernier, Abdellatif Hamam, alors à la tête de l'Office national du tourisme tunisien, a amené 440 agents de voyages russes en Tunisie pour leur montrer les nouvelles patrouilles armées et les convaincre de commencer à organiser des visites. Un pari qui est en train d'être gagné.
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