Une immersion dans la culture touareg et la richesse de la tradition orale de ces «hommes nobles et libres» qui chérissent toujours le désert, comme «Les marins» de Baudelaire ont toujours chéri la mer.Naguère, il n'y avait pas de frontières dans ce grand Maghreb et ces immensités désertiques où le nomadisme battait son plein. Ibn Arabi, ou l'émir Abdelkader, ne disaient-il pas, aussi, qu'il n'existait pas une seule parcelle de la terre où l'homme pouvait s'y sentir étranger. A la seule condition qu'il ne se l'appropriât pas, car nous sommes tous de passage dans ce monde. Les contes touareg encore vivaces, du côté du Hoggar, ne cessent de nous le rappeler, de nous interpeller.Homme libre, toujours tu chériras le désertLa Gazelle étoilée est un conte né, justement, de la légende touareg, pour faire 'uvre de mémoire et, comme dans Le Petit Prince de Saint-Exupéry, qui avait découvert le «merveilleux», dans ces immensités sahariennes, il s'adresse aussi bien à la petite enfance, aux jeunes lecteurs, qu'aux adultes.Le récit de Malika HalbaouiLe récit, écrit en français, est de Malika Halbaoui, une conteuse, poète et auteure. Entretenant ses racines berbères depuis Marseille, où elle vit et travaille, elle vient de publier un ouvrage majeur dans ce sens, Contes des Sages berbères qui lui a donné l'occasion de s'immerger dans la culture touareg et la richesse de la tradition orale de ces Imuhagh, ces «hommes nobles et libres» qui chériront toujours le désert, comme «Les marins» de Baudelaire ont toujours chéri la mer. Et, pour parfaire cette culture et explorer enfin le thème de ce nouveau conte La gazelle étoilée, Malika Halbaoui s'est inspirée des chants de la poétesse Dassine Oult Yemma, la grande sultane du désert, qui met en évidence l'importance du soleil et des étoiles. Sa prose poétique ' des vers libres' est émouvante, enivrante et se déroule comme les grains d'un même chapelet pour mettre en valeur les deux héros : la gazelle «étoilée» car elle porte des cornes dorées avec une «empreinte flamboyante en forme d'étoile» sur son front. Quant au jeune Aïssa (le héros) qui fait son apprentissage de la sagesse en suivant la caravane, il est le défenseur acharné de cet animal captivant qui se métamorphose en «une jeune belle fille» la nuit tombée. S'ensuit (une «errance» guidée) par cet être captivant, tantôt «gazelle», tantôt «femme-génie» qui va lui inculquer tous les secrets pour devenir un vrai Imuhagh.Les illustrations d'Odette MonnierCe récit est rehaussé par de magnifiques miniatures dues à Odette Monnier que les amateurs d'art tunisiens connaissent déjà(*). Inspirée, à ses débuts, par les miniatures médiévales, elle a été très vite influencée par les poètes persans du XIIe siècle (Attar, Omar Khayyam, Saâdi, Sanaï...) et l'univers des contes des Mille et Une Nuits. Puis c'est l'Algérie à travers les miniatures de Racim qui lui ouvre la voie à de nombreuses expositions en Tunisie, en Algérie, au Danemark. Pour ce conte récent, elle a non seulement étudié les richesses de la culture berbère et touareg mais elle se sent elle-même, selon la formule consacrée de Amine Maalouf, la fille du désert, «La caravane, dit-elle, est ma patrie et ma vie une traversée inespérée».Ce cont, inspiré par la légende touareg n'est pas encore disponible en Tunisie. Mais les auteures seront présentes prochainement pour une première dédicace de l'ouvrage.'''''(*) Editions Cipango 2016. France(*) Trois expositions à son actif à la galerie Attaswir à Tunis, l'Espace Ken à Bouficha et à Carthage. En plus de sa participation au festival de Mahrès.
Posté Le : 19/06/2016
Posté par : infos-tunisie
Source : www.lapresse.tn