
En ce seizième anniversaire du décès du Zaïm, l'on a beaucoup dit et presque tout dit sur l'éternel absent-présent, beaucoup de bien et peu de mal. Etant, après tout, un être humain et l'erreur étant bien entendu humaine. Sachant que la cote de l'illustre disparu a basculé, depuis la révolution, entre des hauts et des bas, au gré des circonstances et de «l'humeur politique».Une juste reconnaissance à titre posthumeAvec le recul, l'ex-maître absolu du sérail de Carthage, les sondages lui ont attribué pas moins de 77% de voix portant une estime considérable au toujours grand homme et une reconnaissance, à titre posthume de plus des trois quarts de la société, des bienfaits et vertus du Combattant suprême, en tant que l'un des principaux artisans de notre indépendance (et non le seul et unique comme on le disait de son vivant).Et aussi en sa qualité d'architecte principal et unique, cette fois-ci, de la matière grise du Tunisien et promoteur d'une Tunisie moderne, riche en ingrédients de progrès et de mieux-être, éducation, alphabétisation, santé, démographie planifiée, valeur du labeur et de la créativité, société équilibrée à travers l'émancipation de sa moitié (la femme), etc.Un matraquage médiatique nocifCe qui est paradoxat, c'est que l'ex-toujours gagnant des élections au taux de 99%, grâce à de sacro-saintes instructions, n'aurait pas espéré de son vivant, au prix d'élections libres et transparentes, au taux obtenu lors de son absence pour un monde éternel, un taux si brillant. Pourquoi ' D'abord, le recul a fait son 'uvre.Ensuite et surtout l'autre grand facteur ayant eu l'impact inverse sur l'image de Bourguiba, aujourd'hui plus reluisante qu'hier. C'est le matraquage médiatique assommant, nous ayant à l'époque tant cassé les oreilles. Une véritable diarrhée d'éloges était à supporter au quotidien.Le robinet des flatteries était lâché à fort débit toute la sainte journée durant, depuis les matinales de la radio jusque, en guise de clôture du «festival», en fin de soirée, de la fameuse «Gafla tsir»...Tout cela sans que quiconque eût le droit et l'audace de remuer le petit doigt, pour placer le moindre mot risquant peu ou prou, de déplaire à l'être né pour plaire et obliger les autres à se taire... Sachant que, comme disait Beaumarchais : «Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur.L'être extraordinaire dans l'imaginaireA l'époque, les tambours et les «bendirs» ont été si fort battus et l'homme si sacralisé que le Combattant suprême, était devenu, dans l'imaginaire de presque tous, l'être suprême presque immortel...Pour la petite histoire et pour introduire une pointe d'humour dans ma prose, je me rappelle, alors enfant, venant de fêter mes dix printemps, sans fête, sans gâteau, sans bougies, ni cadeaux, que j'étais à mille lieues de concevoir que le si grand Bourguiba faisait ce que fait chaque jour sa sainteté le pape, en trônant en solitaire dans des toilettes d'une propreté monastique !Avec le recul, ce mignon péché semble perçu comme étant une goutte amère dans un océan salé. Et si les discours de Bourguiba, parfaits identifiants de l'envergure de sa personnalité (ayant dépassé nos frontières) étaient connus par la majorité de nos jeunes générations, les 77% récoltés dans les règles de l'art aujourd'hui, auraient galopé allègrement aux 99%, obtenus acrobatiquement hier. Justice donc rendue aujourd'hui à titre posthume à celui qui était hier accusé d'injustice vis-à-vis du processus démocratique.Toujours proche du citoyen lambdaCela dit, ah!, si l'on s'avisait un jour de faire bien découvrir à nos jeunes, l'homme qui a tout dit à leurs ascendants, pour que les descendants soient ce qu'ils sont.Ceci à travers la retransmission des passionnants discours du «Raïs», qui ont contribué de belle manière à jeter les bases d'un Etat moderne et d'une société civilisée, ayant toujours émergé et mérité la considération du monde extérieur.Dans ses discours, le virtuose du verbe et du franc-parler, dans notre dialecte tunisien aisément accessible aux communs des citoyens lambda, avait parlé de tout à son peuple. Il y avait insisté sur la propreté morale, la valeur du travail, l'altruisme, le nationalisme, le dévouement et l'abnégation pour le service de la nation. Il avait surtout stigmatisé et mené un combat sans répit contre le tribalisme, comme étant une dangereuse menace pour l'unité nationale.Bourguiba s'était permis d'entrer sans frapper dans nos chambres à coucher, pour conseiller aux conjoints en chaleur, avec l'humour captivant qui lui était propre, de savoir se tourner le dos, pour ne pas lapiner et trop procréer et alourdir les budgets ménagers...Il s'était mêlé de nos cuisines internes et fourraient le nez dans nos marmites, se convertissant en nutritionniste aussi chevronné que Dr Hakim, qui ne nous avait pas alors encore dit bonjour sur les ondes de la radio. Il nous avait, à ces occasions, conseillés entre autres de songer à remplacer notre vulgaire «chakchouka», autant que possible, par la salade variée, vantant à sa manière joviale et loufoque, les vertus nutritives des crudités...Un sincère bravissimo pour le ministreJe ne peux vous dire aussi combien j'ai été saisi de plaisir en entendant dire, par ma télé interposée, Néji Jalloul, cette machine tout terre qui ne cesse de nous émerveiller par ses initiatives bourguibiennes, que les discours de Bourguiba méritent d'être enseignés dans nos écoles. Tel que je vois ce sacré bonhomme, un pur produit du défunt grand homme, il ne tarderait pas, je suppose, à passer à l'acte. Parce que le brillant ministre est parmi les rares politiciens des temps présents qui nous parlent toujours de ce qu'ils ont fait et parlent rarement de ce qu'ils comptent faire (le «tasouif»).Cela dit et sincèrement dit, cet homme qui a l'avantage d'oser et a l'air de se moquer éperdument de son fauteuil «comme de l'an 40», mérite un chaleureux bravissimo, à travers un bon petit billet que j'éprouve la démangeaison de lui consacrer. Sans complaisance aucune. Ne connaissant par l'homme, mais rien que le ministre à travers ma télé et ses belles initiatives longtemps ébruitées et ayant si dérangé.
Posté Le : 11/04/2016
Posté par : infos-tunisie
Source : www.lapresse.tn