
Par M'hamed JAIBIA quelques jours du démarrage officiel de la campagne électorale, de très nombreux Tunisiens ne savent pas pour qui ils vont voter ou même s'ils vont voter. La relative désaffection à l'égard de la politique et des politiciens y est, certes, pour quelque chose, mais l'absence totale de clarté au niveau des programmes et des projets de société joue également. Si l'on ajoute le fait que, sur le bulletin, il s'agira de voter pour des sigles de partis et non pour des candidats humanisés, la motivation de l'électeur se trouve légitimement ébranlée.La précampagne est morose, sans punch ni positionnement net. On est loin des joutes oratoires «front contre front» de l'année 2013, lorsque la bataille idéologique faisait rage et que les «ligues de protection» cognaient dur, relayant les assassinats politiques. Le débat est devenu soft, sans relief, arborant des discours de faux «frères jumeaux» que ne différencient, aux yeux du citoyen, que des polémiques historiques agitées sur les positions passées de chaque courant ou des allusions masquées à leurs doctrines et leur vision du monde.Les alliances se sont disloquéesAlors que sous le gouvernement de la Troïka, les camps antagonistes étaient soudés et bien délimités, les alliances se sont disloquées et les protagonistes font désormais «cavaliers seuls». Du Front du salut national, qui regroupait notamment l'Union pour la Tunisie et le Front populaire, seul ce dernier tient bon, alors que le sigle FSN a été récupéré par le petit parti de Touhami Abdouli et ses alliés. Et ce alors que des listes «UPT» regroupent seulement deux des cinq partis qui formaient l'Union. Sans oublier que les présidentiables de ce «camp» sont plus d'un.Dans le camp de l'ex-Troïka, et bien que la majorité lui reste acquise à l'Assemblée, on avance également en rangs dispersés. Mais sur la pointe des pieds. Les trois partis se présentent aux législatives sur leurs propres listes, mais les candidats pressentis d'Ettakatol et du CPR pour la présidence attendent de voir si Ennahdha va opter, en guise de «personnalité consensuelle», pour l'un d'entre eux, maintenant que l'option Jebali est officiellement écartée.Des candidats à scruter à la loupeConcrètement, sur le terrain de chacune des 33 circonscriptions électorales, le citoyen, déjà désorienté par le nombre envahissant des sigles et des slogans, ne visualise pas suffisamment les candidats, dont on ne met en avant que la tête de liste, sachant que le fait que l'on vote pour des listes affaiblit déjà considérablement la matérialisation de ce que tel ou tel parti pourrait apporter au pays ou à la région.Si le scrutin individuel avait prévalu, l'on voterait pour une personnalité de son quartier ou de sa région dont on connaît les idées, la moralité et l'historique. Alors que les listes sont un fourre-tout affublé d'un sigle connu ou attrayant et chapeauté par un personnage médiatisé, parfois parachuté, et que les autres candidats doivent être scrutés à la loupe, avec leurs photos minuscules, sur les affiches électorales.S'agissant de «l'Etat civil» ou de l'option «pro-théocratique», tous les partis se fondent maintenant dans le moule de la nouvelle Constitution. Ce n'est pas à l'heure où le «califat» de Daech frappe à nos portes que l'on va se démarquer de la République démocratique, civile et citoyenne.Restent les programmes spécifiques aux partis, et notamment ceux relatifs à la relance de l'économie, à l'emploi des jeunes et au développement, notamment dans les régions marginalisées. Et, à ce niveau, on a comme l'impression que les partis des divers bords ne tiennent pas trop à se singulariser, laissant le risque de l'engagement sur ce terrain peu sûr, au gouvernement Jomâa, qui ne s'en prive pas.Alors, pour qui, pour quoi et... pourquoi voter ' Attendons de voir la vraie campagne électorale pour nous décider. Peut-être que les langues vont se délier et les options réelles se déclarer.
Posté Le : 14/09/2014
Posté par : infos-tunisie
Source : www.lapresse.tn